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Fresh Théorie III

Le troisième opus de la revue de théorie frenchy fait revivre le fantôme de mai 68 en abordant la notion de «manifestations» à travers trois déclinaisons : résistances, performances et apparences.

Information

Présentation
Direction : Mark Alizart et Christophe Kihm
Fresh Théorie III


Fresh Théorie
célèbre à sa manière le quarantième anniversaire de Mai 68 en consacrant son troisième tome aux «manifestations» de toutes sortes. Des mouvements de foule aux apparitions d’esprits frappeurs en passant par le concept philosophique d’«événement» ou la notion artistique de «performance», le lecteur trouvera dans Fresh Théorie III des textes sur Mai 68 et sur le 11 septembre, mais aussi sur l’apparition de l’homme-phalène dans la ville de Point Pleasant en décembre 1967, le Tour de France, les flash-mobs, la série Lost ou le Palais de Ceaucescu.

Extraits de «Manifestations», prologue de Mark Alizart

«On s’est essayé à plusieurs reprises d’identifier ici l’objet Fresh Théorie, tant il est vrai qu’à ses auteurs, ou ses initiateurs, son sens était également énigmatique, quoique sa production fût impérieuse et nécessaire. J’ai parlé pour ma part d’un désir de s’émanciper, tant de l’étouffement de mai 1968 par la pensée néo-conservatrice, que d’un certain genre de pensée issue de mai 1968, — cette pensée théologique, ronflante, pseudo-révolutionnaire que dénonce justement Jacques Rancière, qui promet en vain des communautés sans oeuvre, des dieux sans Être et des résurrections sans corps. J’ai évoqué le profit qu’on pouvait avoir envie de tirer des studies américaines et anglo-saxonnes, cultural, postcolonial, gender, plus riches, quoique en même temps hautement problématiques et, d’une certaine manière, trop anglo-saxonnes peut-être, trop wasp pour être réellement convaincantes. J’ai dit (dans Fresh Théorie II) nos efforts pour prendre la French Theory « sur sa gauche », en l’obligeant à faire subir à ses propres concepts ce qu’elle a fait subir à la métaphysique : la même déconstruction, la même exigence de radicalité, qui irait jusqu’à un authentique « matérialisme de la différence ontologique » pour reprendre une expression de Catherine Malabou que ne renierait pas Alain Badiou. Mais ces définitions n’étaient probablement pas satisfaisantes, et sans doute ont-elles d’ailleurs contribué à davantage semer le trouble qu’à le dissiper, mais seulement parce qu’elles étaient encore trop timides, trop timorées, trop inquiètes de ce qui se donnait à lire dans une démarche collective où tout trahissait par ailleurs le refus du sérieux de ce programme, la critique de la gravité, de la radicalité et de la profondeur, une manière de provocation, de désinvolture, voire de nihilisme.

Aujourd’hui je dirais peut-être plus simplement, après Jean-François Lyotard et Gilles Deleuze : Fresh Théorie, c’est une manifestation.
Fresh Théorie c’est la tentative de conquérir cette nouvelle image de la pensée, de donner un tour esthétique à la Raison, ce tour qui la sauve du néant en l’exposant et en l’y exposant. Fresh Théorie, c’est une exposition de pensée dont les éditeurs ne sont peut-être en définitive que des curateurs […].

Précisément, Fresh Théorie est lié à l’art contemporain d’une manière bien particulière, qui ne tient ni du rapport d’une génération (de penseurs) à une génération (d’artistes), ni du rapport d’un texte à une illustration mais plutôt, et beaucoup plus profondément, du rapport d’une pensée qui tente de ne plus avoir « le vrai pour élément », à une pratique qui tente de ne plus avoir le beau pour milieu. Après l’art contemporain, comme lui — et ce qui aura été reproché à Fresh Théorie ne ressemble pas pour rien à ce qui ne cesse d’être reproché à l’art contemporain (et à la French Theory en général) : sa superficialité prétendue, son clinquant, son « scandale » – les auteurs qui se trouvent rassemblés dans les trois volumes que nous avons publié ont pour point commun de croire, à un degré ou à un autre, que la vérité d’un sujet réside dans sa « manifestation ». Aussi bien les objets les plus impurs ont-ils pu y trouver une place, c’est-à-dire les plus médiatiques, et cela en vertu même du rapport singulier qu’ils entretenaient chaque fois à l’image. Dork Zabunyan le dit bien dans l’épilogue de ce livre, qui lui sert en même temps de portique: « L’Image-temps est peut-être lepremier livre non désenchanté qui s’adresse aux enfants de Mai 68″. Le lecteur ne s’étonnera donc pas s’il trouve à nouveau dans ce volume de Fresh Théorie, qui célèbre à sa manière le quarantenaire de mai 1968, des articles sur la mélancolie de gauche, l’identité nationale et le 11 septembre, mais aussi sur les théories du complot, le mariage de Béatrice de Hollande, les Flash Mobs, le palais de Ceaucescu, la Creative Anachronism, Society, Anna Halprin, Michael Fried, la série Lost, le cinéma par téléphone, le Tour de France, Hawk Eye, Marcel Duchamp, l’apparition de l’homme-phalène dans la ville de Point Pleasant en décembre 1967, la plasticité du cerveau, la greffe de visage, Madame Edwarda, Kafka, la post-sexualité et Catherine M.»