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Francesco Jodice

PJessica Todd Harper
@12 Jan 2008

Après l’«Esprit du nord», la Maison européenne de la photographie nous invite, dans «Un été italien», à découvrir la photographie italienne contemporaine. D’abord avec Francesco Jodice qui exprime certains effets sur notre identité et notre histoire personnelle d’habiter dans les villes.

Que doit-on aux villes que nous habitons? L’espace urbain est, par sa structure, propice à la construction d’une identité multiple et riche des rencontres qu’il permet; mais il risque, par son événementialité permanente, de dissoudre cette identité en mouvement. C’est cette ambiguïté que saisit Francesco Jodice.

Dans la série «Crossing» (2004), des passants sont photographiés à leur insu, de face, dans une rue de Milan. Ces clichés grandeur nature sont ensuite juxtaposés de façon à suggérer que le magma urbain produit de l’identique, mais aussi de la différence conquise par la photographie sur le flux permanent du mouvement urbain.
Dans l’un des groupes d’images, ce double aspect s’exprime par le fait que tous les individus portent des polos ou des tee-shirts rouges, bien que ce ne soit ni tout à fait le même rouge, ni tout à fait les mêmes tee-shirt.
Pris à la frontière fragile de l’immobilité et du mouvement, chaque individu semble porté vers un destin qu’il invente comme s’il allait sortir de l’image, comme si la ville ne manifestait sa propre configuration que de la voir toujours reconfigurée par les rencontres aléatoires de ceux qui la peuplent.
Les mêmes questions sont à l’œuvre dans «The Secret Traces», mais l’accent est mis sur la diachronie. Cette œuvre est une sélection de cinq filatures menées depuis 1998 par Francesco Jodice dans diverses villes du monde selon le principe suivant: avec leur accord, mais sans les prévenir du jour où il passera à l’acte, il suit des individus depuis la porte de leur domicile jusqu’à l’entrée de leur lieu de travail. Les clichés sélectionnés pour chaque filature défilent sur un écran, avec un léger mouvement de zoom sur chaque image.

La narration reprend le principe de contiguïté de «Crossing», à cette différence près que l’on suit l’invention de l’histoire. Le hasard de l’itinéraire se transforme progressivement en nécessité d’une histoire personnelle. Mais la configuration de l’espace urbain brouille les repères difficile d’identifier le protagoniste quand, lors d’un mouvement imprévu, sa silhouette est brouillée ou qu’elle est effacée derrière celle d’autres passants qui parfois s’intercalent entre elle et le photographe. Habiter la ville, ou l’invention sans relâche de son histoire par chacun, au hasard des rues.

Traducciòn española : Santiago Borja
English translation : Laura Hunt

Francesco Jodice
— Série «Crossing», détail, 2004. Photo couleur.