PHOTO | CRITIQUE

Francesca Woodman

PMuriel Denet
@12 Jan 2008

Les assemblages photographiques de Francesca Woodman exhalent un parfum de désuétude romantique, une légèreté délicatement plombée, à la limite de sombrer dans une inquiétante étrangeté.

La carrière artistique de Francesca Woodman fut précoce et brève. Née dans une famille d’artistes, elle s’empare dès l’âge de treize ans de la photographie, pour façonner une œuvre singulière, et un peu décalée, proche cependant de préoccupations d’autres artistes new-yorkaises, comme Joan Jonas, Cindy Sherman ou Nan Goldin, qui touchent à l’identité, l’intime, la féminité et ses rapports à l’image.
Dans les cadres serrés de ses petits clichés, des pièces désaffectées et décrépies, quelques accessoires plus ou moins symboliques (baignoire, piano, fleur, coquillage, etc.), et un corps, ou fragment de corps, le sien le plus souvent, abandonné dans des poses statiques, qui évoquent tour à tour la statuaire antique, le cliché érotique, ou une mécanique des corps surréaliste. Ces assemblages, qui exhalent un parfum de désuétude romantique, ont une légèreté délicatement plombée, à la limite de sombrer dans une inquiétante étrangeté.

Atmosphère ambiguë que l’on retrouve intacte dans les vidéos projetées au sous-sol. Si elles relèvent de la performance intime, le moteur en est un désir, aussi naïf qu’irrépressible, de laisser une empreinte et de crever l’écran, à la fois exister et disparaître.

On le sait, Francesca Woodman se suicide à l’aube de ses 23 ans. Si leur présence sur la scène de l’actualité artistique fait courir aux œuvres, modestes et hantées par l’image de l’éternelle jeunesse de l’artiste, le risque d’un devenir relique, elle permet, c’est vrai, de redécouvrir une œuvre à jamais frappée de fulgurance.

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