ART

Fragile Incassable.

PHélène Sirven
@12 Jan 2008

Le dessin, ou l’écriture quotidienne sur le monde et la vie.

Trois ans après, Anne-Marie Schneider est de nouveau présente dans les espaces de l’ARC et cette fois-ci, il s’agit de sa première exposition personnelle. L’importance du dessin dans son œuvre apparaît avec force et simplicité. Concept, matière, trace fixe et mobile, le dessin reste bien un dessein permanent, susceptible de variations infinies. Comme beaucoup d’artistes de sa génération, Anne-Marie Schneider accorde au trait, coloré ou pas, un trait qui s’étend aussi en surface, une inégalée (et parfois inégale) puissance évocatrice, où distance et récurrences agissent sur le regard du visiteur. Combinées à une nécessaire capacité narrative bien ponctuée, des références plus ou moins évidentes sous-tendent l’impact des formes posées sur le papier, support de pensée et espace blanc (Beuys, Broodthaers, Nauman, mais aussi Ponge, Kafka…). Techniques graphiques et filmiques sont au service d’une relation poétique (parfois tragique, mine de rien) au réel le plus banal mais également à l’événement (violence sociale, conditionnements, codes et représentations, entre autres).
Les séries se répondent sur les murs des salles et le spectateur en ressent le déploiement ordonné avant de pénétrer dans la chambre obscure où se déroulent les films; autre écriture, une écriture animée, voire agitée de mouvements de corps et d’objets, dans des lieux souvent urbains, indéterminés ou pas. Les rapports entre les constituants de la vie commune des êtres s’expriment en contrastes ou en flous, certes fragiles, mais persistants.
Le flux de la vie traverse les documents, l’aléatoire, le montage des images, où devra s’exercer une mémoire sensible, celle du spectateur, venu à la rencontre du monde d’Anne-Marie Schneider. Allégorie fluide de notre société explosée et implosée, le travail de cette artiste ouvre des chemins vers une attention soutenue au réel le plus anodin, le plus captif, au rêve encore, au geste du dessinateur, ce voyageur impénitent. Les œufs de plâtre (un sourire à Broodthaers), le hamac, les peluches (différentes de celles de Mike Kelley) sont autant de sculptures qui dessinent l’espace, le blanc et la couleur. Anne-Marie Schneider raconte, laisse en suspens les mots et les formes, pour mieux montrer les séductions, les vides du décalage, un décalage vigilant, finalement incassable parce qu’il produit du désir et des questions.

Anne-Marie Schneider:
— 14 dessins sur papier.
— Dessin sur papier.
— Sans titre, 2003. Cocottes en papier journaux.
— 15 dessins sur papier.
— 6 dessins sur papier.
— Dessin sur papier.
— Sans titre, 2002. 4 peluches.
— Sans titre, 1997. 3 œufs d’autruche.
— 11 dessins sur papier.
— Sans titre, 1999-2000. Projection vidéo, 15 minutes.
— Code barre, 2000-2001. Projection vidéo, 16 minutes 16.
— Mariage, 2003. Projection vidéo, environ 10 minutes.
— 16 dessins sur papier.
— 13 dessins sur papier.
— 22 dessins sur papier.
— Sans titre, 2002. Hamac, œufs en plâtre.
— Sans titre, 2002-2003. Ensemble de 32 dessins sur papier.
— Sans titre, 2003. Couette, œufs, corde.

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