DANSE | FILM

Films de danse

01 Déc - 01 Déc 2011

Avec une programmation en trois temps, les films de danse du Centre Pompidou nous offrent une incursion dans l’univers de Boris Charmatz. Trois beaux films d’expérimentation qui repoussent chacun à leur manière les attentes que l’on pourrait avoir d’un film de danse.

Boris Charmatz
Films de Danse

Les Disparates, 1999, 15’. Réalisation: César Vayssié. Chorégraphie: Boris Charmatz, Dimitri Chamblas
Les disparates, seconde création de Boris Charmatz et Dimtitri Chamblas, constitue un solo où se confrontent des états de corps hétérogènes. L’ambivalence d’une danse aussi pulsionnelle que structurée, où le dessein abstrait s’enrichit d’une énergie festive et quotidienne, trouve dans le médium filmique un nouveau souffle. Faux raccords, ellipse, jump cut, l’image comme le son présentent des accrocs qui renforcent paradoxalement l’unité chorégraphique, la continuité du mouvement. Boris Charmatz, même absent, devient le repère immuable d’un film où toutes les forces hétérogènes, les paysages internes comme extérieurs, semblent converger, s’affronter, et se résoudre dans ce mouvement centripète qui nous offre une vision kaléidoscopique de la ville de Dieppe où le film a été tourné.
Sophie Grappin-Schmitt

Ascension, 2000, 17’. Réalisation: Alain Michard
Alain Michard a filmé «à l’arraché» Aatt enen tionon, pièce pour trois danseurs, Vincent Druguet, Julia Cima et Boris Charmatz où chacun des interprètes est isolé sur le plateau «réduit » d’une structure à trois niveaux.

Une lente introduction, 2008, 34’. Réalisation: Boris Charmatz
« Les danseurs dans les films devraient être nus. » affirmait Jonas Mekas. Avec Une lente introduction, cette sentence s’éclaire comme une évidence. Si Herses constitue une pièce majeure, ce film l’immortalise en une œuvre somptueuse, repoussant parfois l’exploration chorégraphique vers de nouveaux territoires. Ici, la musique s’est évanouie pour laisser place au silence des corps. Cette disparition, loin d’appauvrir le propos de Herses (explorer les zones de contacts, la relation entre un, deux, plusieurs danseurs, comme une étendue qu’il faut nécessairement labourer, attaquer, remuer, avant d’y semer quoi que ce soit) permet justement au regard de rester en surface, à l’affut des changements de lumières, des subtiles modelés qui se dessinent et des cadrages qui occasionnent de nouveaux liens formels. On y voit peut-être mieux, à travers le filtre pudique de la pellicule où se dénude la pensée comme les corps.
Sophie Grappin-Schmitt