DANSE | SPECTACLE

Festival Plastique danse Flore. Percée Persée

20 Sep - 21 Sep 2014
Vernissage le 20 Sep 2014

Dans Percée Persée, création 2014 mais dont le processus s’étend sur deux années, Rémy Héritier soigne l’entrelacement entre danse, musique et lumière en installant leur dialogue in situ, à partir de la mémoire d’un lieu. Pour cette version, la troisième, le chorégraphe travaille les perceptions liées à la mémoire d’un lieu.

Rémy Héritier
Festival Plastique Danse Flore.
Percée Persée

Percée Persée est conçu comme l’articulation de deux soli dans un même espace temps, l’un chorégraphique, l’autre musical, et développe un espace polyphonique où enjeux chorégraphiques et musicaux se confondent, dialoguent et convoquent nos souvenirs par la mémoire des corps, des espaces et des perceptions.

Le processus de travail s’est développé sur deux années et a vu émerger trois versions de la même pièce: une version in situ (créée en 2012 à la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain à Paris), une version pour plateau transposant et augmentant pour le théâtre les enjeux d’espaces, de lieux, de sites autant que ceux de points de vue élaborés en milieu ouvert (jardins, vastes hangars, déserts de l’ouest américain expérimentés et traversés lors du processus de création) et une deuxième version in situ enrichie de la version scénique.

L’enjeu de Percée Persée est de produire une forme chorégraphique, une partition musicale et une partition lumineuse qui provoquent la rencontre et/ou la confrontation entre l’intertextualité d’une danse, d’une musique et d’un lieu; les uns comme les autres contenant à la fois une part visible et une part non visible plus importante encore. Percée Persée articule les stocks de mémoire, les strates non visibles à l’oeuvre dans toute production artistique qu’elle soit chorégraphique, musicale, scénographique, plastique…

Rémy Héritier s’avance. Un paradoxe ne cessera d’animer sa danse: autant son geste paraît économe, sec, dénué de toute emphase et encore moins décoration, autant c’est malgré tout à profusion qu’il paraît en développer, patiemment, les motifs. On lui trouve une force à rebours, qui rappellerait un travail d’eaux-fortes.

De peu de pas, à la juste croisée de ses verticalité et horizontalité, ce danseur creuse l’espace avec lequel il fait corps, paraît toujours conscient d’en arpenter les mesures, en remontant gravement vers lui-même des segments fléchis de membres, des jambes ascencionelles à la verticale vers son menton, avec nettes flexions de buste, ou pliés latéraux, dans une studieuse énergie de la trace, géographiquement ancrée dans des motifs croisés au sol, presque rosaces, qu’agacent à peine quelques accents soudain plus marqués.

Ce danseur sculpte dans la masse d’espace, y sectionne et en arrache tel copeau, telle pellicule, et cela se joue dans une globalité de regards en partage. Il y aurait là comme une transe gelée, servie par un derviche qui évoluerait en carré, et presque à l’arrêt. Mais tout de même obséderait. L’espace entier vibre à cet échange (attentes, absences, supposés). Mais on allait oublier un acteur essentiel. Persée Percée est ¬— humainement parlant — un duo en fait: la condensation et fluctuation de ses matières d’espace sont tout autant pétries par les sons qu’y injecte, selon des principes analogues, le guitariste Eric Yvelin.