PHOTO

Festival Montpellier danse 2011

PCéline Piettre
@05 Mai 2011

Avec les festivals d'Uzès (17-22 juin) et de Montpellier (22 juin-7 juillet), la danse inaugure, comme à son habitude, la saison estivale languedocienne. Après des éditions 2009 et 2010 en hommage aux grands noms de la discipline, M. Cunningham et D. Bagouet, le cru 2011 prolonge ce lien avec le passé, par des incursions ponctuelles et discrètes dans l’histoire de la danse.

Alors que l’édition 2011 de Montpellier danse se tourne intentionnellement vers le cirque (Bartabas, Philippe Ménard, Angela Laurier et la compagnie Hors-pistes) et la scène chorégraphique israélienne (Ohad Naharin, Hofesh Schechter, Niv Sheinfeld, Barak Marshall, Yoshi Berg, Oded Graf, et enfin Yuval Pick avec son électrique Score, l’une des créations les plus réjouissantes de l’année 2010), un autre sillon se creuse spontanément dans la programmation, dessinant une tendance, discrète mais réelle, pour les matériaux chorégraphiques du passé. Ainsi, de Raimund Hoghe à Alban Richard, un certain intérêt pour le recyclage — faire du nouveau avec de l’ancien — et la réactivation — redonner vie à des pièces en sommeil — traverse le festival montpelliérain jusqu’à contaminer (mais peut-être est-ce l’inverse ?) son petit frère uzétien qui le précède de quelques jours.

C’est la directrice du Centre chorégraphique national de Montpellier en personne, Mathilde Monnier, qui s’essaye la première à cet art du « remontage », en recréant avec son complice de l’époque Jean-François Duroure deux duos de 1984 et 1985 : Pudique Acide et Extasis. Sur scène, ces pièces caractéristiques de la Nouvelle Danse française, espiègles et théâtrales, nous plongent au cœur de l’atmosphère excentrique des années 1980. Mais elles ne sont pas sans évoquer une certaine actualité, ce goût pour la légèreté et la clownerie que l’on retrouve notamment dans le hip-hop, liant entre elles les deux générations.

Artiste associé de l’édition 2011, Raimund Hoghe propose de son côté une sorte de compilation de ses précédentes pièces en un « moment unique ». Si elle a un passé, Montpellier, 4 juillet 2011 n’a pas d’avenir : jouée une seule fois, donc vouée à disparaitre, elle ne survivra qu’à l’état de mirage, simple traînée lumineuse et éphémère dans le ciel d’été. Plus qu’un échantillon ordonné de son répertoire — un tel projet semble étranger à la logique du chorégraphe —, la pièce est un jeu de réminiscences, de souvenirs recomposés, où les gestes viennent hanter les planches comme des fantômes, en un désir de communion avec le public.

Autre déclinaison de ce penchant à la reprise, la programmation pour le festival d’Uzès de trois solos du chorégraphe d’origine montpelliéraine Xavier Le Roy : Self Unfinished, Produit de circonstances et Le Sacre du printemps, écrits entre 1998 et 2007. Ici, pas de recréation mais une simple réactivation — en art contemporain on parle de reenactment — de pièces qui appartiennent au patrimoine dansé récent. L’occasion de découvrir un répertoire encore peu joué en France (alors qu’il est largement représenté à l’international), et de nous faire patienter d’ici la nouvelle création pour treize interprètes du chorégraphe, Low Pieces, programmée en juillet à Avignon.

Enfin, deux chorégraphes français se réapproprient respectivement un bout de leur héritage chorégraphique. David Wampach tout d’abord, propose une énième version du Sacre du printemps, mais abordé ici (et c’est en cela que réside son originalité) du point de vue des costumes et de la mise en scène. En toile de fond : la figure tutélaire de Nicolas Roerich, le costumier du premier Sacre, fervent adepte du mouvement théosophique. Alban Richard ensuite, dont la pièce Pléiades reprend, avec le concours des fameuses Percussions de Strasbourg, la partition musicale éponyme de Iannis Xenakis, elle-même conçue en 1979 pour accompagner un spectacle chorégraphique du Ballet du Rhin. Le processus d’invention est questionné, dans un va-et-vient incessant de la danse à la musique et de la musique à la danse.

Deux propositions qui dépassent l’auto-référencement un peu narcissique et le seul enjeu patrimonial ou historique pour faire du lien avec le passé un terreau de création. « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau »… en un circuit fermé mais néanmoins fécond.