ART | EXPO

Femminus ceramicus

09 Jan - 06 Mar 2016
Vernissage le 08 Jan 2016

Les sculptures d’Elsa Sahal sont à mi-chemin entre le végétal, l’animal, le minéral et le culturel, à la fois repoussantes et fascinantes. Ses productions récentes donnent à voir des corps dansants et morcelés, s’affranchissant des lois de la gravité.

La référence au latin [du titre de l’exposition] peut se lire comme un hommage discret à l’histoire de la sculpture: Elsa Sahal en est pétrie, des anciennes Vénus aux danseuses de Degas ou Rodin, en passant par les textures brutes et les silhouettes épurées de Georges Jeanclos, dont l’enseignement a laissé sur l’artiste une certaine empreinte. En ligne de mire, une constante: transgresser l’interdit de la figure énoncé par le modernisme et l’abstraction, et questionner encore et encore la représentation du corps.

Les corps de la série «Pole Dance» se concentrent sur l’essentiel, tels des courts-circuits de désir ou des précipités de fantasme qui feraient fi de l’ordre anatomique pour ne conserver que certains attributs érotiques. A travers ces sculptures mues par le principe du plaisir, Elsa Sahal rend aussi hommage à l’émancipation du corps sous un angle plus politique, celui que les artistes du New Burlesque choisissent de mettre en scène dans leurs performances ouvertement féministes et transgenres. Hors des cadres figés du corps désiré et désirant, la sculpture capte ici un souffle libératoire, une vision de la femme libre.

L’artiste présente également une nouvelle série réalisée à partir de pièces tournées, soit parcourues d’un sillon dynamique, comme une onde. Les analogies affluent: ces fragments évoquent pêle-mêle un sein, un coquillage (conque ou cauris), une gueule ou un masque, ou encore un sexe de femme aux lèvres ourlées. Parfois, une petite forme se greffe, telle une vénus préhistorique. A nouveau le corps est rêvé, traversé de visions charnelles: Elsa Sahal adopte la même approche primaire et véhémente pour trouver l’évidence du matériau, sa plasticité naturelle propre à incarner d’inédites métamorphoses. «La terre est un matériau très versatile, qui peut aller du côté de l’abject, comme du sublime et de la délectation. Un matériau qui fait le grand écart», dit-elle.

Suspendues avec des sangles, les céramiques de la série «Léda» descendent du plafond de la chapelle, un vol lourd organisé en lignes brisées, diagonales et obliques qui exploite la verticalité des lieux. «J’étire mon pain de terre en grandes plaques que je modèle. Je construis mes volumes comme des patrons de vêtement, je travaille toujours autour du vide. J’aime la sensation que la sculpture pousse de l’intérieur».