ART | EXPO

Farandoles

05 Avr - 07 Avr 2007

A travers les médiums de la sculpture, de l’image et du verbe, Jacques Julien réinvente l’espace d’exposition de La Maréchalerie, bouscule nos codes communs de perception et suscite notre imaginaire.

Jacques Julien
Farandoles

A travers les médiums de la sculpture, de l’image et du verbe, Jacques Julien réinvente l’espace d’exposition de La Maréchalerie, bouscule nos codes communs de perception et suscite notre imaginaire. Dans le cadre de cette invitation à production, le sol, un traditionnel béton ciré, est totalement recouvert d’un dallage constitué de carreaux de céramique dont certains, sérigraphiés selon une composition de palindromes de Pierre Alferi en collaboration avec l’artiste, forment un pavement nous entraînant dans un jeu, entre mots croisés, jeu de mots et bons mots …
Les sculptures, dont une suspendue à la charpente, poursuivent cette décomposition/recomposition de l’espace.
Dans la salle annexe, une projection de 80 images nous emmène cette fois dans une danse macabre revisitée, picturale, acide et dérisoire. Même si elle renvoie iconographiquement à notre propre mort, les squelettes, si peu décharnés, et accompagnés d’attributs insolites, nous comptent une histoire plus proche de la bouffonnerie que du symbole final.
Enfin, un document d’artiste, édition-objet conçue par Jacques Julien avec la participation de Pierre Alferi et partie intégrante du dispositif d’ensemble, poursuit ce voyage anti-conventionnel.

Insensé, singulier, incongru, étrange composent le vocabulaire utilisé face au travail de Jacques Julien. La référence de son travail au domaine du sport semble nous rendre ses œuvres connues et familières. Mais cette récurrence ne reste qu’une référence, un point d’appui à des digressions formelles et spatiales, un prétexte à réflexions.
Réflexion, mais non thème de recherche «art et sport» ou encore moins source de développement d’idées démonstratives d’une quelconque critique socio politique; modèle cependant particulièrement à propos quant à son potentiel d’interrogation de la forme et de l’espace.
Sculpteur, Jacques Julien pose la question de l’objet, de sa forme et de sa place, de sa fonction dans l’espace, de l’objet générateur d’espace, de l’objet comme espace même, et de fait, interroge l’espace recevant l’objet, l’environnement.
Réflexion, mais également dérision. Nous sommes en présence d’un objet inadéquat, inadéquat à son fonctionnement, inadéquat à son environnement.
Face à des objets dont certaines formes ou matériaux rapportent directement à des schèmes connus, sortis de leur contexte, bouleversés, modifiés, nous appréhendons des objets-sculptures brisant tous référents habituels, s’engouffrant dans un espace irrationnel et ouvrant de nouveaux possibles …
A travers sa sculpture, il interroge la forme et son sens. A travers les mots, Jacques Julien questionne encore la syntaxe, comme il peut bouleverser le traitement et la signification de l’image lorsqu’il réalise des films d’animation. Les supports sont multiples et sous-tendent une douce ironie.

Son travail peut évoquer les icônes du sport, mais aussi bien celles du conte pour enfant, du dessin animé ou de l’histoire fantasmagorique. Les histoires qu’il nous raconte, sans être des récits, sont surprenantes, à la fois ludiques et étrangement inquiétantes, nous situant dans cet équilibre aléatoire du fil tendu entre burlesque et fin inéluctable.
L’artiste bouscule, dérange peut-être, dans tous les cas modifie notre perception de l’objet et de l’espace qui le compose et qu’il compose.

Si but ou fonction il y a, ce qui est loin d’être certain, il n’est sans doute pas celui de trouver ou de retrouver un sens. Il s’agit davantage de mettre en exergue un certain nombre de questionnements, sans obligation de résultats, de rester tout simplement en éveil. Après l’analyse, le tourbillon des pensées et des supputations, il reste peut-être uniquement et simplement à revenir au point de départ. Cependant Jacques Julien aura réussi à nous sortir du lieu commun, à nous entraîner vers l’essentiel, à susciter notre imaginaire et nous aura fait faire un beau voyage, irrationnel, une «farandole» …

En amont de l’exposition, Jacques Julien a mené un workshop avec un groupe d’étudiants de troisième année de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles, dans le cadre de leur atelier vidéo. Une recherche a été engagée sur la thématique du rapprochement et de l’utilisation de l’image et du «texte» en vidéo. Les films, résultats des réflexions portées par les jeunes architectes et témoignages de leur échange avec l’artiste, sont projetés à l’occasion de l’exposition.

La Maréchalerie
Pour chacun des projets menés à La Maréchalerie, il est proposé à l’artiste invité de produire une pièce inédite. Le jeu, si l’on peut dire, est d’engager une réflexion dans ce contexte spécifique qu’est La Maréchalerie, centre d’art contemporain de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles, situé dans les Petites Ecuries du Roy, dépendances du Château. Cette sollicitation donne lieu à une réponse libre de l’artiste, issue de sa recherche personnelle, et tenant compte d’un cahier des charges fait de contraintes spatiales et contextuelles, spécifiques au lieu et à son histoire.
Suscitant la confrontation de points de vue sur des préoccupations communes et sensibles aux champs de l’art contemporain et de l’architecture, cette invitation met en œuvre, conjointement à la réalisation de la production de l’artiste et à son exposition, un travail spécifique mené dans le cadre des enseignements de l’Ecole d’architecture. Sous forme de workshop, réalisé dans une collaboration artiste – enseignants plasticiens ou architectes, ce travail conduit à un résultat réalisé par les jeunes architectes et présenté à l’occasion de l’exposition.