ART | EXPO

Fantôme image fantôme

25 Nov - 31 Jan 2012
Vernissage le 26 Nov 2011

Yvan Salomone peint des aquarelles de même grand format, toujours en cinq séances de travail depuis près de vingt ans. Il navigue entre espaces à connotation portuaire et zones désertiques plus ou moins urbaines.

Yvan Salomone
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«Si selon la définition, un paysage est un tableau représentant la nature où les figures et les constructions ne sont que des accessoires, force est de constater que dans mes aquarelles il n’en est rien. Celles-ci ne sont pas une réalité géographique, mais plutôt une élaboration mentale traversée par un réseau de failles.»

Il n’est sans doute plus nécessaire à présent de décrire l’inexorable régularité qui habite le processus de travail d’Yvan Salomone. Il peint des aquarelles, on le sait, de même grand format, toujours en cinq séances de travail depuis près de vingt ans, il navigue entre espaces à connotation portuaire et zones désertiques plus ou moins urbaines. Pourtant, ni les thématiques, ni le temps n’ont d’emprise sur le processus à l’œuvre.

Sans cesse régénéré par les constructions mentales qu’il élabore à partir des différents univers traversés (voyages dans sa propre ville, le long d’une ligne de tramway en construction à Paris, en Afrique ou ailleurs), le travail d’Yvan Salomone prend aujourd’hui l’ampleur d’un langage universel.
Peu importe où il va, ce qu’il peint ou comment il le peint, quelles variations il introduit dans sa manière, quelle humeur, quelle émotion transpire du papier aquarellé, quelle froideur étrange ou distante se dégage: Yvan Salomone a fait de ses aquarelles un signe, reconnaissable entre tous.

Que l’on reconnaisse des formes en peinture n’a depuis longtemps plus rien à voir avec un témoignage du réel, agrémenté d’une vision poétique de l’artiste. L’acte de peindre est ici le seul moyen de conceptualiser une démarche, de ne pas livrer une captation brutale du monde, mais bien au contraire de l’investir d’une pensée qui puise autant aux fondements de la modernité, qu’au radicalisme des avant-gardes.

Comment ne pas voir qu’il est là, ce réseau de failles évoqué par Yvan Salomone? Un équilibre tordu qui ne serait fait que de lieux provisoires en chantier, que de situations suspendues où même la maigre matière de l’aquarelle n’arrive pas à se glisser, laissant ça et là des réserves, des blancs évanescents, des fantômes.

Là où le blanc du papier résiste, beaucoup de suppositions sont alors permises, comme un intéressant parallèle avec le fonctionnement d’un cerveau humain, le non-figuré étant quelques fois plus signifiant que les situations qui l’entourent.

La ligne droite, tracée au fil des années par une œuvre limpide, prend aujourd’hui une intensité particulière: il est désormais clairement perceptible qu’entre l’isolement de son atelier et ses arpentages tous terrains, Yvan Salomone explore des pistes sombres, qu’il remue des démons pour qu’une aquarelle en sorte. Pour que chacune de ces aquarelles puisse être reçue comme un acte émancipateur.

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