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Family/Family

12 Mar - 03 Mai 2015
Vernissage le 12 Mar 2015

Dans le cadre d’«European Prospects», le Château d’Eau présente les œuvres de quatre photographes européens qui orientent leurs recherches autour de l’intime et de la cellule familiale. Loin du principe de l’album de famille, ils ont choisi de mettre en lumière les petits détails du quotidien et transforment ces moments d’intimité en images universelles.

Ed Alcock, Arja Hyytiäinen, Ilka Kramer, Julien Magre
Family/Family

Le Château d’Eau présente cette exposition dans le cadre d’« European Prospects », projet mené par quatre institutions européennes œuvrant pour la photographie. Les quatre artistes réunis autour du titre « Family/Family », originaires de quatre pays européens, photographient tous l’intime et ont la cellule familiale comme terrain de recherches. Cependant, loin de l’album de famille, qui souligne les grands moments de la vie, ils mettent en lumière les menus détails du quotidien, rendant alors universelles ces images censées représenter l’intime. Le «Je» devient nous et chacun, un peu à la façon de l’écrivain Katherine Mansfield, montre avec finesse et légèreté les petits côtés de l’existence.

Ed Alcock s’intéresse aux sujets de l’intime et de la famille. Son premier livre, Hobbledehoy, accompagné d’un récit inédit d’Emmanuel Carrère, saisit la relation fusionnelle entre une jeune mère et son fils.

Le travail d’Arja Hyytiäinen s’inscrit dans un nouvel humanisme contemporain. La photographe cherche à documenter les fragments, les visions intérieures; des «images qui hantent et qui sauvent».

La série Behind the house d’Ilka Kramer montre comment les enfants s’approprient la nature grâce à leur imagination, qui est nourrie par les contes. Derrière la maison, loin de la vie des adultes, le jardin, les champs et les forêts deviennent des énormes espaces à défricher. Le sombre endroit sous le figuier, la cabane dans le peuplier, le tunnel sous les ronces peuvent mener vers les secrets et les mystères. Dans un temps suspendu les enfants se laissent emporter par les histoires et font face à une nature pleine de beauté et de générosité, mais aussi d’hostilité et de transformation en permanence. Les photos sont des mises en scènes inspirées par l’observation des enfants et par les souvenirs de ma propre enfance.

Avec Elles veulent déjà s’enfuir, série au titre fictionnel et poétique, Julien Magre plante le décor d’une histoire en train de se dérouler, en train de se vivre. Restant à l’écart, le photographe observe les personnages qui peuplent sa vie intime et nous emporte dans une histoire peuplée de figures féminines.

«Les quatre photographes de cette exposition engagent aussi des choix photographiques et esthétiques. Photographier son univers intime comme ils le font, c’est vouloir exploiter ce qui est à portée de l’œil, à l’inverse des pratiques centrifuges en quête du lointain, de l’étrange ou du spectaculaire. Pourtant nous sommes loin ici de l’imagerie naïve de l’album de famille traditionnel, de ses conventions, ses bienséances, ses interdits. Car celui-ci retient les moments rituels d’événements familiaux mais occulte la «vraie» vie. Au contraire, ces images constituent les chroniques de menus faits du quotidien. Elles en explorent les petits épisodes, (le bain de l’enfant chez Magre), cueillent d’infimes gestes de tendresse (Alcock), s’attachent aux choses domestiques ou triviales (les traces étranges de Hyytiäinen).

Par ses sujets stéréotypés, ses clichés convenus, univoques, l’album de famille se doit de rassurer. Cette exposition nous offre des images plus incertaines, enrichies par des lectures ouvertes. Elles savent ainsi faire survenir du merveilleux dans le banal: chez Ilka Kramer une promenade familiale ébauche un récit fantastique, le familier peut alors basculer dans l’inquiétant. D’un cadre commun elles décèlent l’atmosphère troublante, onirique. Elles laissent deviner des silences, des creux de la vie. Elles prisent l’immobilité et la vacuité: les songeries de l’enfant chez Alcock, chez Magre, la promesse, l’attente d’un homme chez Hyytiäinen…». (Claude Pitot)