ART | CRITIQUE

Fabrice Gygi

PVincent Gonzalvez
@12 Jan 2008

A la fois sculpteur, graveur, mais également peintre et vidéaste, Fabrice Gygi utilise un vocabulaire formel minimal et précis dans le but de dévoiler les mécanismes autoritaires de nos sociétés. Ses oeuvres sont comme les signes concrets de la tension qui caractérise nos rapports sociaux.

Les oeuvres de Fabrice Gygi obéissent à un vocabulaire précis. Tout d’abord par l’attention portée aux matériaux : l’aluminium peint, le bois, le béton, l’acier peint, le cuir. Des matériaux bruts et surtout industriels, froids mais paradoxalement sensuels. On a envie de toucher les œuvres qui attirent par leur matière et leur grain, mais qui évoquent aussi la froideur, la brutalité. Ainsi, l’acier peint en beige des Pylônes : le grain très léger de la peinture sur l’acier, cette couleur presque chair, l’aspect lisse et doux…
Les motifs composent l’autre élément de ce vocabulaire : le caillebotis, la barre, le pylône qui sont des éléments urbains, de chantier, toujours traités sur un mode minimaliste, épuré.

La combinaison des matériaux et de ce minimalisme formel confère une double fonctionnalité et du sens aux œuvres. Par exemple, la sculpture à géométrie variable Caillebotis est conçue à partir d’une tension entre le cadre rigide de la grille en aluminium et la mobilité des barres de bois qui peuvent ou non s’emboîter. Jeu d’adresse géant ? Ou barricade en attente ? Cette sorte de tension et d’ambivalence caractérise les sculptures de Gygi — entre douceur (l’aluminium peint de Caillebotis, le cuir de Y ) et brutalité (celle de l’étrangeté du sens), entre liberté et contrôle, entre intime et public.

Cette tension, et la force critique de Gygi, est très sensible dans la salle où cohabitent une sculpture et une série de linogravures.
Dans la sculpture Thorax, l’inox attire, appelle le toucher, et glace en même temps. On a envie de tirer la corde qui tient l’objet suspendu au-dessus du sol, de la manipuler, tout en redoutant l’effet. S’agit-il d’une inoffensive pince à cheveux géante suspendue à une poulie ? Ou bien un instrument prêt à broyer, à détruire ? Un instrument de torture ?…
Sur les murs les linogravures (technique importante dans l’oeuvre de Gygi) présentent des petits dessins aux motifs simples, tendres, drôles, parfois ironiques, qui renvoient à l’intimité de l’artiste. Comme pour les sculptures, la simplicité de la forme se combine à un intérêt affirmé pour la technique.

Fabrice Gygi interroge les mécanismes de l’autorité en suscitant un goût amer entre douceur et oppression. Il s’agit de dévoiler les rouages autoritaires, les tensions entre liberté et contrôle, protection et menace.
A partir de l’ attraction physique, voire érotique, pour les sculptures et des sculptures entre elles (les Y enlacent un des trois Pylônes), Gygi fait émerger des questions grave sur les pouvoirs, sur la violence des rapports humains où « chaque citoyen(ne) est une figure autoritaire potentielle, puisque sa position est toujours contiguë et perméable au pouvoir » (Fabrice Gygi).

Fabrice Gygi
Thorax, 2004. Inox, palan, rail métallique. 50 x 75 cm.
Pylônes, 2004. Acier peint, béton. 250 x 85 cm.
Caillebotis, 2004. Aluminium peint, bois. 95 x 319 x 115 cm.
Y, 2004. Cuir, crin végétal, inox. 127 x 95 cm.
— Série de 34 linogravures.