ART | EXPO

Exposition personnelle

08 Oct - 12 Déc 2015
Vernissage le 07 Oct 2015

A Kassen est un collectif danois dont la pratique touche autant à la sculpture qu’à la performance, l’architecture ou la photographie. Dans cette exposition, ils interrogent les modes de circulation des objets en déconstruisant les codes de la création artistique et ses règles de diffusion au sein des réseaux de l’art contemporain.

A Kassen
Exposition personnelle

A Kassen est un collectif danois dont la pratique se déploie à travers une grande variété de médias, de la sculpture à la performance en passant par l’architecture et la photographie.

Suite à leur rencontre à l’Académie royale des beaux-arts de Copenhague, Christian Bretton-Meyer, Morten Steen Hebsgaard, Soren Petersen et Tommy Petersen commencent leur collaboration en 2004. Avec une certaine malice, ils baptisent leur groupe «A Kassen», un nom détourné évoquant à la fois le mot kasse — «boîte» en danois — mais qui rappelle aussi l’appellation des caisses d’assurance chômage au Danemark (A Kasse).

En faisant d’eux des antihéros, leur démarche post-conceptuelle exerce, non sans dérision, un jeu subtil entre l’œuvre d’art, la documentation et l’intervention in-situ. Pour leur «Exposition personnelle» à la Galerie Edouard-Manet, A Kassen interroge les modes de circulation des objets en déconstruisant les codes de la création artistique et ses règles de diffusion au sein des réseaux de l’art contemporain.

A cet égard, Mirror, un projet toujours en cours de réalisation, est significatif de leur travail. Ces photographies de grand format ont été réalisées à partir d’images de miroirs anciens prélevées dans des catalogues de célèbres maisons de vente aux enchères. Une fois sélectionnées par les artistes, les images ont été imprimées selon les dimensions originales des miroirs, laissant apparaître dans leur agrandissement de nombreux éléments: les imperfections du papier, la pixellisation de l’image, les morceaux de textes du verso de la page.

Suite à leur exposition, ces images seront mises en vente dans les mêmes maisons que celles des catalogues dont elles sont extraites. En passant du statut de document à celui d’œuvre d’art, elles seront à leur tour photographiée et publiées dans un catalogue, puis elles finiront par être vendues.

A Kassen opère ainsi selon un principe d’autosimilarité relative, c’est-à-dire que l’image reproduite conserve sa forme quelque soit l’échelle à laquelle on la considère, mais diffère d’une part dans sa matérialité altérée par le processus de reproduction, et d’autre part dans sa fonction, par sa remise en circulation comme œuvre d’art sous la forme d’une photographie contemporaine.

Ce décalage créé entre l’objet et sa fonction prend une tout autre dimension pour l’œuvre Central heating furniture. A mi-chemin entre l’installation et l’intervention in-situ, cette œuvre réinterprète des éléments présents dans l’espace d’exposition, non seulement visuellement, mais aussi de manière sensorielle. Pour cette pièce, A Kassen a utilisé un mobilier de style Marcel Breuer, semblable à celui que l’on peut trouver au sein d’une école d’art. Bien que placées dans des salles différentes, la table et la pile de chaises sont reliées entre elles par des tuyaux menant au radiateur de la galerie raccordé au système de chauffage de la ville de Gennevilliers. L’eau chaude, passant à travers les tubes métalliques composant le mobilier, donne ainsi une sensation de chaleur émanant des objets. Ces derniers deviennent alors le réceptacle d’une énergie provenant de l’extérieur, mettant en évidence l’espace d’exposition comme interface entre le monde extérieur et le spectateur.

Cet effet calorifique est contrebalancé par l’œuvre Ventilation slide projection. Des dizaines de petits carrés de verre ont été prélevés de la fenêtre de la galerie, permettant à l’air froid automnal de pénétrer à l’intérieur de l’espace d’exposition. Habituellement masquée d’un film opacifiant blanc, la fenêtre recouvre en partie sa fonction en laissant voir la cour arrière. Les morceaux de verre découpés sont ensuite réutilisés comme diapositives pour le carrousel posé sur la table dans la première salle. Sous la forme d’images blanches, cette projection donne à voir les traces et la poussière accumulées sur la surface externe des fenêtres. Par ce procédé dans lequel la galerie fait œuvre, A Kassen décloisonne subrepticement l’espace d’exposition et le réinscrit dans son environnement extérieur.

Bien plus que l’objet, c’est l’intervention discrète sur le lieu d’exposition qui crée l’œuvre d’art. A travers cet attachement physique entre l’œuvre et le site, A Kassen souligne les liens indéfectibles existant entre l’artiste et l’institution. Par ces installations performatives, le collectif met à nu l’espace de la galerie, le dévoile au public comme un point de passage qui doit se comprendre non seulement comme lieu de circulation des œuvres au sein de réseaux artistiques, mais aussi, plus largement, d’idées au cœur d’une société. A Kassen ajoute peu, parfois même soustrait, ce afin d’effacer le pouvoir de «décontextualisation » de l’espace d’exposition, le rendant ainsi vulnérable aux forces entropiques du monde qui nous entoure.