DANSE | SPECTACLE

Exécutions

21 Mar - 23 Mar 2012

Si la chute des corps est un mouvement uniformément accéléré, mû par la gravité, du haut vers le bas, Herman Diephuis choisit ici d’en faire une étude à rebours, de l’écroulement à la verticalité, une décomposition par strates dans une temporalité ouverte, dépliée, désarticulée.

Herman Diephuis
Exécutions

Le parti pris scénographique aménage les conditions spatiales et temporelles de l’apparition de Julie Guibert. Au sol, un tracé délimite le périmètre du territoire d’expérimentation. Une frontière factice que l’interprète peut franchir pour entrer et sortir du cadre, s’extraire du jeu puis y revenir et ainsi créer des intervalles, des arrêts, des effets de montage et de suspension. À chaque séquence, s’esquisse une géographie des intensités émotionnelles situées quelque part entre abandon, fièvre et vitalité; le corps de la danseuse donne lieu à des formes mouvantes et prolifiques qui se fondent sans linéarité. Parfois comme au bord d’elle-même, elle s’engage dans une danse de la solitude, mais une «solitude accompagnée», habitée d’images, de spectres et de mémoire.

Exécutions est le projet d’écriture d’un solo par Herman Diephuis pour la danseuse Julie Guibert, interprète dans sa création précédente Ciao Bella. À partir de la présence de la danseuse, seule en scène, de sa présence en acte et en puissance, le chorégraphe entreprend une mise en mouvement de l’idée de chute, de déclin voire d’une possible disparition. Du péché originel à la chute du paradis, de celle des anges au vol d’Icare, la figure de la chute traverse les périodes de l’histoire de l’art comme une des grandes représentations de la nature faillible de l’Homme.
Dans Exécutions Julie Guibert explore certains des états physiques et affectifs du corps liés au fait même de tomber. Elle accepte de céder au déséquilibre dans l’agitation et le relâchement, la rage et l’oubli jusqu’au moment du choc, du heurt, cet instant où le corps atteint le sol dans un dernier sursaut de vie. À chaque impact, elle crée des commotions, des symptômes et cherche à les vaincre.
À chaque chute se rejoue le péril de la mort. Comme si elle ouvrait sur un néant, un lent décrochement du socle vital, un affaissement de la conscience où l’on peut aussi se perdre soi-même. Disparaître, malgré la présence.

Conception, chorégraphie: Herman Diephuis en collaboration avec et interprété par Julie Guibert
Conseil artistique: Dalila Khatir
Création son: Olivier Renouf
Création lumière et régie générale: Sam Mary
Costumes: Alexandra Bertaut
Production/diffusion: Nathalie Nilias

critique

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