DANSE | CRITIQUE

Ex.e.r.ce et encore

PSiyoub Abdellah
@06 Oct 2011

Avec L'artificier, Olivier Normand fait acte de démolition avec légèreté: il creuse à même la chair de la vedette avec l'air de ne pas y toucher. La pièce déroule alors une réflexion subtile autour de la présence: qui met-on en scène lorsque l'on est sur scène?

Dans le cadre des journées Ex.e.r.ce et encore, le Théâtre de la Cité Internationale présente une étape de travail de L’artificier, pensé à voix haute par Olivier Normand. Ce jeune chorégraphe vient des mots: ancien étudiant à l’ENS, il a traversé Ex.e.r.ce. et Transforme (Abbaye de Royaumont). Il travaille depuis à articuler ses différentes entrées dans la danse: interprète, chorégraphe et chercheur.

Après une étude sur l’impermanence du geste — Ici, contour progressif avec Mylène Benoît — à travers l’usage de la vidéo en temps presque réél, L’artificier apparaît comme une exposition de différents rapports à la scène. La rock star, le crooner, la diva ou le soliste sont convoqués dans un solo à plusieurs, plein des présences de Thibaud Croisy et Sylvie Mélis, dramaturges et créatrice lumière.

Olivier Normand entame la relation à la salle en disant Barbara et son «je vous remercie de vous», texte sublime d’impudeur assumée. Son visage pâle reflète le bleu de sa chemise de music-hall. Il cite le meilleur de Johnny Hallyday, Vivre, comme un jeu mimétique en lumière tombante.

Après un épuisement de claquettes, il interprète La Lamentation de Didon tandis que la lumière le fuit. Son visage puis son corps sont désertés. Cet instant frôle la rupture tant l’émotion est vive. Le micro en main, les lèvres serrées et le visage immobile, il laisse l’enregistrement prendre sa place. Un coup de feu retentit et Olivier Normand joue les tragédiennes. L’abandon par la lumière devient abandon de la lumière lorsqu’il quitte son micro, esseulé dans la flaque blanche.

Plus loin, à la lisère de la poursuite, il jette des feuilles de papier à rouler enflammées, joue de feux de Bengale, artificier de pacotille, artificier au sens propre. Quand la lumière s’échappe, en fuite et en rebonds, nous est rappelé le plaisir simple et oublié d’un écran de fumée et de l’écriture d’une pièce dans ses moindres détails.

Une apparition spectrale dans un fossile de robe, mise à distance par une boucle d’applaudissements et de remerciements, clôt cet examen lyrique des mises en scènes les plus égotistes: monologues, solos, récitals.

Cette étude de la figure de l’artificier, faiseur d’art et faiseur d’artifices, est traversée de suspensions, de respirations délicates, d’une volonté de se décentrer, littéralement, en occupant l’espace un pas de côté. L’ensemble a un goût de déjà-vu, à moins que ce soit un air d’appartenance, un goût pour un certain théâtre, une certaine mise en scène de soi. Ici comme ailleurs, l’artiste se joue de la sincérité, de l’adresse au public, des changement de costume à vue, des déplacements suspendant le rythme de la pièce. Il questionne le travail, doute au lieu d’affirmer, mêle beauté et ridicule. Olivier Normand déconstruit la figure de l’idole en déconstruisant la fiction théâtrale. Il vide le rôle de sa substance factice, le spectacle de sa star.

Dans L’artificier, la scène est débarrassée du personnage, seule la personne demeure. Ou serait-ce définitivement l’inverse?