ART | CRITIQUE

Ever Prosperity

PNicolas Villodre
@10 Avr 2010

Le titre de l'exposition «Ever Prosperity» vient du nom de cargos qui se sont échoué en mer. Six peintres tentent d’exorciser la malchance désormais liée à un nom porteur d’espérance, ce en travaillant sur des matériaux préexistants...

Le titre de l’exposition «Ever Prosperity» vient du nom d’un cargo minéralier du Libéria qui s’échoua en 1965 sur la barrière de corail située à l’ouest de la Nouvelle-Calédonie, dont l’épave, toujours visible, est devenue un but touristique pour les plongeurs amateurs. Son navire-jumeau, qui portait le même nom, coula de la même manière en 1970, près de Nouméa.
Six peintres tentent d’exorciser la malchance désormais liée à un nom porteur d’espérance, ce en travaillant sur des matériaux préexistants…

Pierre Bismuth s’en prend à Charles-Édouard Jeanneret-Gris. Il réalise avec une certaine facétie un collage entre deux styles opposés du fameux architecte franco-suisse: entre le concept de maisonnette individuelle idéale (en l’occurrence, la villa Savoye de Poissy) et celui du logement collectif, prototype de tous les HLM dignes de ce nom. Le résultat de cette synthèse est étonnant, et même assez probant.

Pour faire sa démonstration surréaliste intitulée Complexes des villas /Bâtiment Le Corbusier (2010), Pierre Bismuth présente une imposante maquette en trois dimensions, neutre d’apparence, blanche sur socle blanc; et il juxtapose des plans d’architecte à un photomontage en couleur situant le bâtiment flambant neuf dans un contexte de quartier marseillais «chaud» de cité, un lendemain de saint Sylvestre avec des voitures calcinées encore fumantes.

Lisa Oppenheim, avec ses deux images intitulées Art for the Public (Twilight et Twilight 2), datant de 2009, re-présente ou re-produit deux belles formes circulaires en noir et blanc, sorties de leur environnement immédiat, et de ce fait abstraites, non figuratives, spectrales, «crépusculaires», qui plus est, démesurément agrandies, donc, un tant soit peu, floues.

Gardar Eide Einarsson (Seascape, 2010) montre qu’il préfère, lui aussi, s’occuper des questions de valeurs plutôt que de celles de couleurs.
Partant d’une imagerie pop lichtensteinienne à base de trames de différentes consistances ou pixellisations, il feint d’ignorer la fonction référentielle et, surtout, fait l’économie de la tonalité, donc des effets de saturation. Au lieu de pop, le résultat est donc op’.

Wilfrid Almendra (While Waiting for the Revolution et Second Skin, 2010) s’intéresse aux questions matérielles et à celles, plus immatérielles, qui entrent en jeu dans les questions de constructions. Il met en rapport le projet New Babylon du peintre apparenté au situationnisme Constant lequel, comme on sait, fit partie du groupe CoBrA, et divers projets de quartiers pavillonnaires et de zones industrielles.
Deux collages matiéristes en 3D posés sur des piédestaux triangulaires se réfèrent donc, en principe du moins, à l’œuvre de Constant — avec le thème du triangle, la forme évasée des sculptures censée faire songer aux châteaux d’eau chers au peintre battave, ainsi que les effets de négatif-positif et de travail en série.

Nick Devereux est fasciné, lui, par la peinture de Jackson Pollock et par les photographies de son atelier prises par le cinéaste Hans Namuth, ce qui lui inspire six tableautins intitulés… Untitled (HN). Il tire également sa référence au Caravage — vu par le prisme de Derek Jarman, d’où le titre: Version (DJ 1986). La sculpture, inspirée par ces peintres célèbres paraît incongrue.

Liste des œuvres
— Pierre Bismuth, Complexe des villas / Bâtiment Le Corbusier, 2010. Bois, carton bois, peinture. 147 x 100 x 100 cm, pièce unique
— Pierre Bismuth, Complexe des villas / Bâtiment Le Corbusier, 2010. Encre sur polyacétate. 72,3 x 52,3cm, pièce unique
— Pierre Bismuth, Complexe des villas / Bâtiment Le Corbusier, 2010. Encre sur polyacétate. 72,3 x 52,3cm, pièce unique
— Pierre Bismuth, Complexe des villas / Bâtiment Le Corbusier, 2010. C-print. 52,3 x 42,3 cm, pièce unique
— Lisa Oppenheim, Art fort he Public (Twilight), 2009. Tirage argentique. 75,6 x 75,6 cm, pièce unique
— Lisa Oppenheim, Art fort he Public (Twilight 2), 2009. Tirage argentique. 75,6 x 75,6 cm, pièce unique
— Gardar Eide Einarsson, Seascape, 2010. Silkscreen sur toile. 138 x 160 cm, pièce unique
— Wilfrid Almendra, While Waiting for the Revolution 1, 2010. Beton, bois, lasure acajou, silicone. 161 x 48 x 48 cm, pièce unique
— Wilfrid Almendra, While Waiting for the Revolution 2, 2010. Beton, obis. 161 x 48 x 48 cm, piece unique
— Wilfrid Almendra, Second Skin 1, 2010. Plaquage de bois, mastique automobile, silicone sur impression, silkscreen sur toile. 72,2 x 72,8 cm, pièce unique
— Wilfrid Almendra, Second Skin 2, 2010. Plaquage de bois, mastique automobile, silicone sur impression silkscreen sur toile. 102,7 x 151,5 cm, pièce unique
— Nick Devereux, Untitled (HNI), Untitled HN VI), 2010. Fusain sur page de catalogue. Fusain sur page de catalogue. 43,4 x 35,5 cm, pièce unique
— Nick Devereux, Version (DJ 1986), 2010. Huile sur toile. 106,2 x 186 cm, pièce unique