ART | CRITIQUE

Eulogies to One and Another

PAstrid Desmousseaux
@12 Jan 2008

A travers une série d’œuvres graphiques consacrée à un attentat mortel en Irak, l’artiste américaine Andrea Bowers interroge la mémoire collective, l’engagement politique et le fonctionnement de l’information. Ses thèmes de prédilection.

Une série de dessins reproduisent des textes agrandis d’éloges funèbres diffusés sur internet en hommage à l’américaine Marla Ruzicka et à son guide iraquien Faiz Ali Salim, tués en avril 2005 dans l’attentat d’une voiture piégée, aux environs de Bagdad.
Agée de 28 ans, Marla Ruzicka était la fondatrice de l’organisation humanitaire Civic (Campagne pour les victimes civiles dans les conflits), qui collectait des fonds aux États-Unis pour aider les familles de victimes en Afghanistan et Irak.

A l’entrée de la galerie, un livre noir de grand format rassemble des photographies des victimes et des articles panégyriques rédigés sur internet par des personnes, publiques ou privées: journalistes, hommes politiques, militaires, employés d’ONG, etc.

Au mur sont accrochés côte à côte dix dessins encadrés, en forme de plaques commémoratives, qui reproduisent les hommages rendus à Marla Ruzicka en évoquant sa vie, ses actions et les conditions de sa mort.
Les œuvres exposées dans la deuxième salle de la galerie, reprennent strictement la même mise en page et le même principe, mais en ne retenant que les passages consacrés à Faiz Ali Salim, le guide iraquien de Marla Ruzicka. Le fait que certains dessins soient désormais entièrement, ou presque, des monochromes gris, c’est-à-dire sans aucun texte, traduit graphiquement la différence d’attention accordée à l’une et l’autre victimes, à l’Américaine et à l’Iraquien.

Les panégyriques consacrés à l’un et l’autre («Eulogies to One and Another») ne sont pas également répartis. Même mort, mais hommages inégaux. Comme des négatifs photographiques, les dessins reproduisent les lettres des textes en blanc sur fond gris. Tandis que le livre placé à l’entrée rappelle l’album photo, où se répartissent les textes et les images.
Par cette esthétique proche du matériau photographique, Andrea Bowers fige et actualise un événement passé à la manière d’une image photographique: «Mon travail est alimenté par la peur de l’amnésie de l’histoire», déclare-t-elle.

Avant tout connue pour son travail de vidéaste, Andrea Bowers est préoccupée par l’action publique, par les événements passés oubliés de l’Histoire qu’elle tente de rendre présents dans nos mémoires. Dans la série «Eulogies to One and Another», elle utilise internet comme une «technologie de la mémoire» où l’information est constamment mouvante. Le travail graphique vient donner à ces documents virtuels une force mnémonique qui rend inoubliable ce qui ne serait qu’un tragique mais très ordinaire fait divers.

English translation : Rose-Marie Barrientos
Traducciòn española : Maite Diaz Gonzàlez

Andrea Bowers :
—série «Time World», 2006. Mine de plomb sur papier. 76 cm x 55.5 cm.

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