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Et après

Des sculptures en cordelettes de Christian Jacard aux photos rehaussées de peinture de Tony Soulier, en passant par les dripping sous plexiglas de Michael Burges, jamais matière n’avait revêtu autant de formes en si peu d’espace; mais sans doute lui fallait-elle encore passer sous l’œil thermographique de Stéphan Reusse, se faire recycler par François Calvat, et prendre une pose géométrique avec Peter Sandbichler, pour qu’elle atteigne enfin à sa pure essence énergétique — là où la fige Jean-Jacques Guionnet.

« Et après…» me direz-vous? Philippe Angot a la réponse: tout recommence. D’une succession de taches noires sur un mur blanc à l’illusion d’un protoplasme en formation il n’y a qu’un saut; qu’un photomontage projeté en vidéo qui dit la vérité sur toutes ces œuvres : en s’affranchissant du dogme de la figuration, l’art abstrait ne s’est pas seulement libérés des formes passées, mais il s’est ouvert sur l’infini.

Pour Kandinsky déjà, l’art abstrait se devait d’être une exploration sans limite de la matière; une lente remontée vers la nature intérieure des choses; une libération difficile, mais nécessaire, de la part instinctive à la base du travail de toute création. Car sans cette libération, l’artiste ne saurait s’affranchir des apparences sans retomber tout aussitôt dans un formalisme froid.

« Peut-être…» acquiescerez-vous, mais dans ce cas, comment rendre compte des photos de José Manuel Ballester : ne restent-elles pas prises dans une forme de figuration ? Non, répondrai-je, vous êtes en pleine confusion.
Que la réalité puisse devenir elle-même abstraite, voilà ce que Kandinsky avait déjà prévu: « Notre époque est celle de la Grande Séparation entre le réel et l’abstrait et celle de l’épanouissement de ce dernier. Mais quand le nouveau ‘réalisme’ transformé, et par de nouveaux procédés et par un point de vue qui nous échappe encore, connaîtra son épanouissement et donnera ses fruits, alors peut-être raisonnera un accord (abstrait-réel) qui sera une nouvelle révélation céleste. Mais ce sera alors une pure biphonie opposée à l’impur mélange de deux formes qu’on observe actuellement».

Si l’art abstrait fêtera bientôt son centenaire, il se pourrait bien qu’il fête en même temps la découverte de ce point de vue caché qu’appelait de ses vœux Kandinsky : comment ne pourrions-nous pas voir que notre monde s’est lentement dissout dans l’abstraction au moment même où celle-ci s’est mise à sourdre de l’univers technique qui nous entoure ?

Philippe Angot
Sans titre, 2008. Cire et pigment noirs. 60 x 60 cm.
Sans titre, 2006. Papier, cendre et pigment noir. 305 x 205 cm.
   
José Manuel Ballester
Structure de bambou (Shanghai). Photographie sur papier Fuji Cristal Archive. 119,3 x 77 cm.

Michael Burges
Sans titre, 2007. Peinture sous Plexiglas montée sur bois.

François Calvat
Sans titre. Acier, bois et pigment.

Jean-Jacques Guionnet

Sans titre. Tirage lambda. 100 x150 cm.

Christian Jaccard

Sculpture « Supranodale ». Bronze et nœuds en ganse de coton.

Stephan Reusse
Wolf, 2002. C-Prints/Diasec, Thermo photographie. 109 x 160 cm.

Peter Sandbichler
By mistake, 2003/07. Epoxy résine, 4 parts. 30 x 60 x 16 cm   

Tony Soulié

Paris, 2007. Photographie et peinture contrecollé sur bois. 125 x 180 cm