Cette page a été un peu chahutées en passant de l’ancien au nouveau site, les corrections sont en cours.  
Non classé

Espace Beaurepaire : Thomas Chevalier et Johnny Lebigot

10 Mai - 17 Mai 2005
Vernissage le 09 Mai 2005

Deux pôles de l’hyper modernité : d’un coté, la rupture infrangible et radicale entre nature et humanité, au risque du déni de celle-là par celle-ci, et, d’un autre coté, la persistance et la résurgence de la pensée magique et de la foi en l’enchantement du monde. Peintures, gravures, installations et installations végétales.

Thomas Chevalier et Johnny Lebigot
Espace Beaurepaire

L’événement
Communiqué de presse (par Emmanuel Arlot)

La nature et l’absence

La nature semble se tenir désolée dans le creux de l’absent. Semble être donné le dévoilement de la nature dans le creux du regard de l’absent.
Alèthéï;a-Vérité se produit toujours par le biais, le creux, l’oblique du regard, dans le détournement du regard. Détournement entendu à la fois comme volonté de ne pas voir, stupeur d’avoir vu, horreur, regret, amertume et faute d’avoir surpris, mais aussi, chemin de traverse et ruse du regard : à l’instar de Méduse prise à son propre piège.
La peinture, la gravure de Thomas Chevalier ne sont en rien l’illustration ou la mise en présence de ce manque, mais le sentiment qui affleure est bien pourtant celui d’une nature (dans les paysages, les écorces, les troncs, les noeuds des arbres, les linéaments des branches et les réticules des feuilles) nimbée de l’absence du regard de l’homme.
Pas de transcendance ni d’immanence, pas de métaphysique ni de poésie, la simple impression d’une fixation, d’un isolement, d’un inouï;, d’un invu, d’un insu. Justement, la nature à notre insu. Mais pas brute, pas ce qu’elle veut dire «à l’état naissant» ni dans son essence ou sa vérité. Rien de tout cela.
Non, la nature séparée, dont tout regard, toute conscience s’est absentée.

Si l’idée de l’Histoire est celle de ce processus d’arrachement, de détachement de la nature, alors ce qui s’étale et qui s’imprègne dans ce que nous donne à voir Thomas Chevalier est le sentiment, devrais-je dire l’intime conviction, de l’aboutissement de ce processus.
Les portraits en pied, par leur frontalité, dans leur face-à-face sobre et sombre, signent le parallélisme de cette absence. Des monades qui renvoient à cet esseulement des paysages.
Deux pôles, deux points, deux horizons, deux frontières qui se tiennent à distance, sans confrontation ni dialogue, sans commune mesure. Infiniment rien à voir, rien à voir entre eux.
Peinture du désenchantement. Non , plutôt mise en présence de deux seuils liminaires, infiniment cote à cote.
S’il n’y a pas de rapport, du moins se dessine un entre-deux.

L’amitié qui unit Thomas Chevalier et Johnny Lebigot pourrait servir de raison suffisante et de motif à cette exposition commune.
Il n’y a pas de corrélation entre les oeuvres, elles ne font pas système ni école.
Pourtant dans l’entre-deux se glissent, s’immiscent, s’insinuent les milles miracles dont est grosse la Khora en gésine dont Johnny Lebigot joue le démiurge. Grouillent, grondent, bruissent animalcules légendaires, grigris, sortilèges, figures et parures propitiatoires.
Peaux, pétales, graines, écorces, feuilles, herbes comme momifiés, dont le devenir poussière ou putréfaction aurait été laissé en suspend, deviennent des notes sur la partition d’un alchimiste, se transmuent en poupées vaudoues, s’inventent en pharmacopée d’une possible Médée et forment, à y regarder de près, une sorte d’écriture sacrée dévoilant un pandémonium sylvestre.

Ce qui se trame entre le nature esseulée et l’humanité absentée c’est bien l’éternel jaillissement d’une forme de pensée sauvage et de chant sirénien du monde.
Le dialogue que tissent Thomas Chevalier et Johnny Lebigot est bien celui des deux pôles de l’hyper modernité : d’un coté, la rupture infrangible et radicale entre nature et humanité, au risque du déni de celle-là par celle-ci, et, d’un autre coté, la persistance et la résurgence de la pensée magique et de la foi en l’enchantement du monde.

Infos pratiques
> Lieu
Espace Beaurepaire
28 rue Beaurepaire. Paris 10e.
M° République
> Horaires
du lundi au dimanche de 10h à 21h
www.espacebeaurepaire.com
> Entrée libre

AUTRES EVENEMENTS Non classé