DANSE | SPECTACLE

Phœnix

12 Avr - 12 Avr 2019

Avec Phœnix, le chorégraphe Eric Minh Cuong Castaing présente une pièce transdisciplinaire, mobilisant danseurs, drones et direct avec des artistes vivant à Gaza. Jeu d'ubiquité, Phœnix questionne les interactions humains-machines et distille de la subjectivité.

Chorégraphe venu des arts visuels, Éric Minh Cuong Castaing (Cie Shonen) cultive une approche pluridisciplinaire. Ses pièces conjuguent danse et technologies (drones, robots, vidéo, humanoïdes, réalité augmentée). Sa dernière création, Phœnix, mobilise ainsi danseurs et drones. Entre jouets téléguidés et armes de guerre, ces objets volants intriguent. Curieux des aspects culturels corrélés à la création humaine, Éric Minh Cuong Castaing plonge régulièrement dans des styles de danse à forte valeur sociologique. C’est par le hip-hop qu’il entre dans la danse en 1997. Puis le butô capture son attention. Pour Phœnix, la dabkeh, danse traditionnelle arabe, se conjugue à la danse contemporaine pour donner le rythme. Et à l’aune d’un dispositif connecté en live et temps réel avec des artistes vivant en zone de conflit (Gaza), Phœnix engendre une communauté éphémère.

Phœnix d’Éric Minh Cuong Castaing : des danseurs, des drones et un direct avec Gaza

Sur scène, trois danseurs — parmi Jeanne Colin, Kevin Fay, Mumen Khalifa et Nans Pierson — interagissent avec des drones pilotés en live. En adaptant notamment leurs mouvements en fonction du son produit par ces machines. Tandis qu’une projection vidéo ouvre une fenêtre sur un autre espace, en direct. Sur Gaza, de l’autre coté de l’écran, avec le collectif Myuz GB Crew. Là où les drones sont une réalité permanente, en tant qu’outils de surveillance. Qu’est-ce que cela fait, au quotidien, que de vivre sous l’œil de drones ? Quels mouvements naissent de cette conscience ? Dans un livre intitulé Der Medusa-Effekt [L’effet Méduse, 2005], l’historien d’art Otto Karl Werckmeister développait la notion de surveillance technologique avec un Voir-sans-sujet. À savoir des dispositifs de vision (caméras, drones…) capables de voir, mais sans sujet de l’action. Une vision d’objet. Un video [je vois, en latin] sans ‘je’.

Les rapports entre technologies et êtres humains : danse, ubiquité et subjectivité

Oiseau mythique renaissant de ses cendres, le phénix fascine. Son nom vient du grec phoînix, rouge pourpre, associé à la Phénicie (actuel Liban) — réputée pour son commerce de tissus teints à la pourpre. Système volant capable de traverser feu et flammes, le phénix ne meurt pas. Une caractéristique qu’il partage en un sens avec les drones. Sur une musique composée par Grégoire Simon et Alexandre Bouvier, mêlant violon et textures électroniques, Phœnix jette ainsi des ponts, dans l’espace et dans le temps. Jeu sur l’équilibre et l’attention des danseurs, le spectacle d’Éric Minh Cuong Castaing interroge une fois de plus les rapports entre humains et machines. Car entre fascination ludique et abus de puissance : toute technologie comporte différentes facettes. Une pluralité ici portée sur scène sous la forme d’une troublante simultanéité. Et rendant un visage humain à l’ubiquité, Phœnix replace aussi la subjectivité au cœur de cette ronde des regards.

Itinéraire du spectacle (non exhaustif) :
– CDA – Centre des Arts d’Enghien-les-Bains,  le 12 avril 2019.
– Festival de Marseille 2018, BNM – Ballet National de Marseille, du 26 au 28 juin 2018.