ART | EXPO

Entrer dans la nuit de la nuit (i’m an animal)

31 Mai - 21 Sep 2008
Vernissage le 30 Mai 2008

Un titre énigmatique marqué au fer rouge sur le mur du Frac Basse-Normandie, au son d’une composition musicale répétitive de Thierry Lhiver. Anaphore des mots et des sons pour une exposition qui brouille les pistes entre espace réel et espace fictif.

Myriam Mechita
Entrer dans la nuit de la nuit (i’m an animal)

Comme des segments d’une pensée en cours, les œuvres de Myriam Mechita initient un parcours dans un paysage mental libéré. Les matériaux et techniques utilisés dessins, perles, recouvrement de formes, requièrent temps et méticulosité cependant qu’ils emportent leurs sujets – animaux, paysages – vers des univers autrement inquiétants, traversés par des forces contradictoires – désir, mort, énergie, douceur, frustration…  Au Frac Basse-Normandie, Myriam Mechita projette un nouvel espace, à la fois une pensée et une déambulation, s’appuyant sur l’architecture du lieu. Une envie d’espace dans l’espace.

Le titre «Entrer dans la nuit de la nuit (i’m an animal)» inscrit au fer rouge sur le mur, empreinte violente et indélébile, accompagné de la composition musicale douce et répétitive de Thierry Lhiver qui évoque une fiction cinématographique donnent le tempo de l’exposition. Nuit sans sommeil qui procure une sorte de vertige lent où les émotions et la pensée sont à la fois exacerbées, étirées et fulgurantes, Entrer dans la nuit de la nuit serait comme pénétrer dans cette zone aux projections illimitées où tout peut exister.

Une envolée de paillettes collée au mur plante le décor d’une sorte de chapelle païenne baroque et scintillante. Le mur devient peau et les dessins en creux de tatouages surdimensionnés (bateaux, îles et pin-up) créent un paysage qui n’ouvre sur aucun espace réel, à la frontière du visible sans repère possible. Deux formes de cerfs couchés sur le flanc recouvertes d’aluminium, flirtent également avec cette frontière. Une traîne de perles prolonge leur « armure ». Dans cet espace fermé, le regard teste ses limites dans un va-et-vient entre les formes et les reflets.

Au contraire, le film en boucle Manifesto, tourné dans Monument Valley, territoire à la fois familier et étrange, ouvre l’espace. Seule la mélodie fredonnée par une femme (la chanteuse Chloé Mons) assise dans ce désert rouge, trouble le silence de ce paysage excessif et inhospitalier.  Le vent emporte ses paroles et son corps se confronte, dans un combat inégal, aux éléments, à la couleur rouge d’un espace infini.
Dans la même salle, un véhicule deux roues accidenté, traîne derrière lui des flots de perles qui l’alourdissent et l’empêchent d’avancer. Un amoncellement de cartes à jouer percées d’épingles, crée une montagne fictive. Le château de cartes annonce un jeu impossible sans gain ni perte et la mobylette se fige dans une attente sublimée.
Un dessin au graphite au mur d’un nœud de serpents entremêlés clôt et referme la salle sur une nouvelle interrogation sensuelle qui s’oppose à celle du film :  « Ici, la nature ne crée pas d’espace, elle l’étouffe. Car le corps dans son essence est bloqué par ses propres limites. » Myriam Mechita.

Seuls les éclairs des connexions neuroniques accélérées ou ralenties par la fatigue nocturne agitent la nuit de  la pensée et des corps.