DESIGN | CRITIQUE

Entre nous

PFrançois Salmeron
@24 Mai 2012

S’inscrivant dans la lignée des frères Fernando et Humberto Campana, les œuvres de Rodrigo Almeida placent le métissage et le recyclage au cœur de leurs procédés. Elles célèbrent notamment la diversité culturelle propre au Brésil, forgeant des alliances entre l’Amérique du sud et les cultures indigènes ou africaines.

Les premières œuvres que l’on est invité à découvrir sont présentées en vitrine: il s’agit de vases et de coupes, composés de matériaux hétéroclites et de couleurs criardes. En effet, on y retrouve d’emblée le goût de Rodrigo Almeida pour des créations foisonnantes et composites, à mille lieux d’un design contemporain ultra lisse et dépouillé.

Aussi, on comprend clairement que l’artiste brésilien tente de raviver les racines indigènes ou africaines propres à son pays, en proposant des objets, tels ces vases ou ces coupoles, qui pourraient s’inscrire dans de telles cultures.
Les vases, par exemple, sont principalement constitués de résine, mais l’on y retrouve diverses ornementations en plastique et des cordelettes élastiques. La Coupe Fogueira, quant à elle, est réalisée à partir de bois et de métaux qui rappelleraient des procédés dits «traditionnels», sur lesquelles viennent se greffer des fragments de ceintures de cuir et de cordelettes multicolores, à nouveau.

Cet art de se situer au carrefour de la coutume et de la modernité se fait également ressentir dans l’Eye Mirror, œuvre composée d’un tissu traditionnel et de petites franges, parsemé de petits miroirs ovales au cadre rouge, bleu ou jaune.
Le Miroir Anhangà compose justement une des œuvres les plus intrigantes de l’exposition. Elle forme en effet une espèce d’éléphant, dont le corps est fait de tissus ou de bouts de peluches assemblés entre eux, et où un petit miroir renvoie notre reflet à la place de la tête de l’animal.

Le reste de l’exposition se compose également de pièces uniques se situant entre art et design. On y trouve l’étagère Omolu dont la structure en terre cuite, en bois et plastique, demeure visible derrière les lanières en cuir qui la recouvre. La table Toquinho en contre-plaqué de bois, a son plateau parsemé de différentes formes géométriques, qui en rendraient l’usage pratique assez complexe.
La série de lampes sont elles aussi créées à partir de rebus industriels qui sont recyclés en objets domestiques, puisqu’elles sont réalisées à partir de fibre de noix de coco et de fibre de verre.

Le travail esthétique de Rodrigo Almeida se veut donc autodidacte et se permet de prendre de grandes libertés dans ses compositions. Il propose notamment des objets hétéroclites et parfois alambiqués, composés de matériaux traditionnels (cordages, cuirs, textiles) et recyclés, et dont les couleurs bariolées détonent, mais dont la construction formelle dégage en tout cas une réelle cohérence.

L’intérêt de cette exposition tient également dans son titre même «Entre Nous», puisque Rodrigo Almeida dit avoir voulu y explorer la manière dont la culture française a été introduite et interprétée au Brésil. Pour ce faire, il a spécialement collaboré avec la maison Christian Lacroix, dont les tissus habillent une de ses chaises et deux canapés. L’Africa Chair III propose ainsi une nouvelle alliance improbable entre haute couture française et design brésilien, s’inspirant lui-même de la culture africaine traditionnelle.

Œuvres
— Rodrigo Almeida, La Banquette, 2012. Structure en bois, pied en hêtre teinté, soie et tissu. 160 x 85 x 40 cm. Photo: Fateditions
— Rodrigo Almeida, Africa Chair III, 2012. Hêtre teinté noir, cordes, mousse et tissu. 80 x 55 x 60 cm. Photo: Fateditions
— Rodrigo Almeida, Lampe Lae, 2012. H22 x L18 x P15 cm. Photo: Fateditions
— Rodrigo Almeida, Lampe Tupa, 2012. H30 x L22 x P17 cm. Photo: Fateditions
— Rodrigo Almeida, Miroir Anhanga, 2012. Tissu, cordes, miroir et galons. 63 x 46 x 24 cm. Photo: Fateditions

Commissaires
Aurélia Lanson et Séverine van Wersch