PHOTO | EXPO

Elles x Paris Photo. Nicène Kossentini

15 Nov - 20 Nov 2020
Vernissage le 15 Nov 2020

Une étrangeté poétique se dégage de Boujmal, la série photographique de Nicène Kossentini. L’artiste tunisienne y évoque le temps qui passe, l’oubli et la mémoire, à travers l’entremêlement de la petite et de la grande histoire.

La foire internationale Paris-Photo, qui se tient habituellement au Grand Palais, s’est repliée cette année sur le site internet ellesxparisphoto.com, en se consacrant exclusivement aux femmes-photographes pour dénoncer leur constante sous-représentation dans le champ photographique. En 2019, un quart seulement des photographes présentés dans la foire étaient des femmes.

En réaction à cette situation, la commissaire Karolina Ziekinska-Lewandowska a sélectionné plus d’une trentaine de photographes-femmes, et leur a donné la parole au travers d’interviews exclusives. Parmi elles, l’artiste tunisienne Nicène Kossentini.

La série de photographies Boujmal de Nicène Kossentini

Le titre Boujmal de la série est le nom d’un étang salé, situé près de la ville natale de Nicène Kossentini : Sfax, en Tunisie. Sur chaque cliché, l’étang apparaît en noir et blanc, fondu avec l’image d’un visage féminin. Il s’agit de photographies de famille: la mère, les grands-mères et les arrière grand-mères de l’artiste, sous les traits de fillettes ou de dames âgées. Chaque œuvre porte leur prénom : « Amma », « Fatouma », « Khadija » ou encore « Sihem ».

La ligne d’horizon entre l’étang et le ciel est entièrement recouverte de lettres arabes. « Quand j’ai découvert le Boujmal, explique Nicène Kossentini, j’ai tout de suite eu l’impression d’avoir trouvé le désert des poètes, cité dans tous les poèmes arabes préislamiques […]• J’ai décidé ainsi de superposer et enchaîner des lignes de poèmes sur la ligne d’horizon ».

Mémoire et oubli dans l’œuvre de Nicène Kossentini

Le travail de Nicène Kossentini interroge le temps de la mémoire et de l’oubli. L’étang Boujmal sert de point de repère à l’écoulement des générations de femmes de sa famille. Les lignes de poèmes, semblant pouvoir s’étendre à l’infini, remontent quant à elles à des temps immémoriaux. L’histoire familiale se fait ainsi le prolongement d’une histoire politique et culturelle. L’histoire individuelle des femmes représentées en est littéralement traversée, sans que leur protagoniste ne le comprenne ou ne s’en souvienne tout à fait. L’artiste défend à travers la série Boujmal un devoir de mémoire, culturel et patrimonial, permettant de mieux éclairer le présent.