DANSE | SPECTACLE

Kafka dans les villes

16 Mai - 18 Mai 2019

À la croisée des chemins, Élise Vigier et Frédérique Loliée livrent une pièce où s'entrelacent cirque, chant, théâtre, danse... Avec Kafka dans les villes, quinze interprètes transforment la scène en espace onirique. Pour une communauté atypique, en équilibre sur le fil du doute.

Avec Kafka dans les villes (2018), les metteures en scène Élise Vigier et Frédérique Loliée (Cie les Lucioles) livrent une pièce à cheval entre cirque, danse, opéra, théâtre. Un moment de rencontre entre les arts, avec quinze interprètes rassemblés sur scène, comme une petite communauté. Chez Franz Kafka, le vivre ensemble n’est jamais loin. Entre poésie et doute, les sensibilités individuelles s’y achoppent à la réalité collective. Un peu comme au cirque, où les risques se prennent sans filet et où la répétition n’empêche ni la chute, ni l’émerveillement. Circassiens, chanteurs, acteurs, instrumentistes… La pièce Kafka dans les villes se compose avec des personnes singulières, de corps et âges différents. Comme trame narrative : un directeur de salle, dans son espace vide, se demandant ce que pourrait être le prochain numéro, le prochain tour de piste. Lui revient alors l’histoire d’un trapéziste. Soit la nouvelle Premier chagrin de Franz Kafka.

Kafka dans les villes d’Élise Vigier et Frédérique Loliée : quand le cirque doute

Passionné, un trapéziste ne vivait que pour son art. Toute sa vie n’était construite qu’autour de sa pratique, de jour comme de nuit. Jusqu’à la fissure : le doute. Quand l’édifice chancelle. « Avoir seulement cette barre dans les mains… est-ce une vie ? » À la recherche d’une histoire, le directeur de salle se voit alors assailli de rêves, de fantômes, de personnages aussi excellents que fissurés. Progressivement, le doute s’empare des circassiens. Le porteur se sent alors comme un pont qui s’écroule. La jeune femme à la Roue Cyr n’est plus si sûre de maîtriser son agrès ; peut-être n’en est-elle que le jouet. Quant aux machinistes, ils lâchent prise. Tourner en rond, déraper, s’affaisser… Le doute se répand dans la communauté. Quand les deux acrobates tentent d’écrire un numéro de mains à mains, comme une bête à deux têtes, c’est pour mieux vouloir chacun prendre une direction opposée.

Entre cirque, chant et danse : une pièce à la croisée des pistes et chemins du rêve

Pièce entremêlant musiques et acrobaties, les voix qui virevoltent chantent l’histoire du trapéziste. L’histoire de l’impresario qui se souvient de l’histoire du trapéziste. Et à cette mémoire s’ajoutent des extraits du Journal, du Jeûneur, de La Métamorphose et des Derniers Cahiers — avec une dramaturgie de Leslie Kaplan. Opéra miniature, pour Kafka dans les villes Philippe Hersant a quant à lui ciselé une cantate pour six chanteurs et deux violons. Comme une histoire en plusieurs épisodes, où chaque partie déroule un air de cirque (marche, polka…). Petite valse, ou épisode burlesque : la simplicité du chœur accentue aussi bien le dérisoire que l’émotion. Et avec ses deux comédiens, quatre circassiens, six chanteurs, deux violonistes et un chef de cœur, Kafka dans les villes s’apparente à une troupe hétéroclite qui, comme à tâtons, se fabrique ainsi son propre vivre ensemble. Pour une pièce poétique, où l’espiègle mélancolie se fait aussi légère qu’onirique.