ART | CRITIQUE

Eco

PMuriel Denet
@29 Nov 2008

La vidéo Eco, à la tonalité toute théâtrale, lestée d’une incertitude fondamentale et irréductible, porte sur le destin, la solitude, l’amour, la connaissance de soi, des autres et du monde.

Une chaise de style, peinte et tapissée de gris, au centre de la mezzanine tout aussi grise, face à deux hublots vitrés: la tentation est forte de s’asseoir. Ce dont l’inscription brodée sur l’assise de la chaise dissuade : «Sais-tu qui je suis ?», demande-t-elle.

Le spectateur rechigne bien sûr à endosser aussi abruptement un tel questionnement existentiel. Qui se révèle être au cœur du dialogue qu’entretiennent les six personnages de la vidéo projetée en contrebas : quatre hommes, un jeune et un plus âgé, deux autres semblables, même allure, même coiffure, même costume gris et cravate noire, assis face à face en miroir, une femme et un garçonnet, réunis autour d’une table circulaire, dans une pièce noire, baignée d’une lumière caravagesque.

Rapidement l’unicité de la voix de ces personnages rend la situation, autant que le dialogue, étrange. Comme dans un rêve, une même voix d’homme jaillit de ces corps, et de ces êtres différents. La distorsion, à son comble en ce qui concerne la femme et l’enfant, semble pourtant se résoudre, comme si l’apparence visible parvenait quand même à en modifier la substance.

Comme si c’était le regard qui entendait la fragmentation du soi, et cette confrontation de ses possibles composantes : masculin/féminin, vieux/jeune, grégaire/velléitaire, etc.

L’échange, à la tonalité toute théâtrale, emprunte au Dialogue avec Leuco de Cesare Pavese. Il porte sur le destin, la solitude, l’amour, la connaissance de soi, des autres et du monde. Il est lesté d’une incertitude fondamentale et irréductible, que le «talvez» portugais psalmodie à plusieurs reprises : «Peut-être, peut-être» comme un écho sondant l’infini du doute. «Pourquoi nous permettons-nous de vivre ? », s’interroge le chœur. La tragédie acquiert, dans cette pièce ciselée au millimètre, l’inquiétante étrangeté du rêve : infiniment labile, et toujours recommencé.

Vasco Araújo

Eco, 2008. Vidéo, couleur, sonore, 12 min18 s. Texte : basé sur les Dialogues avec Leuco de Cesare Pavese. Acteurs : André Gomes, André E. Teodósio, Cláudia Jardim, Diogo Bento, Gustavo Boldt, Pedro Penim. Voix : Vasco Araújo.

Publications

Vasco Araújo, Eco, 2008. Catalogue de l’exposition. Entretien de Vasco Araújo avec María Inés Rodríguez. Ed. Jeu de Paume, Paris, 2008.

 

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