ART | CRITIQUE

Eco

PFlorence Mottot
@14 Fév 2010

La sixième exposition de José Maria Sicilia à la galerie Chantal Crousel marque une évolution notable dans son travail qui confère à la technique un pouvoir de dévoilement de l’immatériel, du mystique. Avec «Eco», il utilise d'autres techniques et médiums qui renouvellent sa réflexion sur l’Homme et la vie.

On le dit alchimiste plus que peintre, José Maria Sicilia s’est longtemps essayé à diverses techniques de peintures, ayant recours à la cire d’abeille, la terre cuite, les fleurs fraîches, etc. Une recherche, en somme, de la matérialité où domine la question des formes. Intitulée «Eco», la nouvelle exposition de l’artiste poursuit cette exploration des médiums.

Dans la salle principale de la galerie, six «portes» en bronze posées sur un mur entrent en écho avec quatre «portes» en marbres appuyées sur le mur en vis-à-vis.
Sur les «portes» en bronze mesurant près de deux mètres de hauteur, on peut déchiffrer des textes, qui ont été mordus à l’acide puis retravaillés, effacés légèrement: «Je sais maintenant ce qu’il y a eu en dehors de toi», «Tu as vu ce que tu as fait», «Comment te croire», etc. Chaque phrase appelle une introspection profonde sur soi-même.
«J’ai voulu qu’on se lise à travers le texte. Le miroir nous absorbe. Il devient Vanité à notre image», explicite José Maria Sicilia.

En face, les «portes» en marbre blanc, sculptés à la main, ont une portée symbolique. Des points légèrement en relief ont été formés dans le marbre. Chaque «porte» exprime une constellation attachée à un mois de l’année.
Cet écho de «portes» traduit le regard de l’artiste sur la complexité du monde quotidien et ses symboles universaux.

L’intérêt de José Maria Sicilia pour la symbolique, les textes sacrés et les emblèmes culturels transparaît également dans deux peintures cernant l’espace de la galerie: Suspendido de su canto, chants d’oiseaux.
Ces peintures, au graphite sur plâtre, sont formées d’un enchevêtrement d’octogones. On peut visualiser à travers cette géométrie symbolique d’empreintes les sons émis par les volatiles. Dans le monde occidental et oriental, l’octogone correspond par ailleurs à la représentation de l’oiseau, symbole de l’âme.

Dans la salle sous-verrière, des lithographies sur papier japonais déclinent des peaux de moutons. L’œuvre Tapis, dont il existe quinze versions différentes, met en lumière le thème des pétales de fleurs, représenté avec des touches de couleurs roses vives, intenses. Ces deux motifs, peaux et pétales, faisant référence au Paradis.

Au final, «Eco» est une exposition où les signes, les symboles entrent en correspondance pour exprimer une vision mystique de l’univers. José Maria Sicilia, passeur d’images, de croyances et de légendes, s’affirme lui-même comme écho de traditions. Il se fait le porteur des mythes et histoires transmises à travers le temps et les civilisations, dont il renouvelle la mise en forme.

Liste des œuvres
José Maria Sicilia
— José Maria Sicilia, Eco, (Comment te croire), (Je sais maintenant ce qu’il y a eu en dehors de toi), (Quand vas-tu m’oublier), (Qu’est-ce que tu attends de moi), (Me estas jodiendo), (Tu as vu ce que tu as fait), 2009. Bronze
— José Maria Sicilia, Cecilia (Diciembre), (Mayo), 2009. Marbre. 200 x 90 x 2,2 cm
— José Maria Sicilia, Suspendido De Su Canto, 2009. Graphite sur toile, plâtre. 200 x 200 cm
— José Maria Sicilia, Somos un pozo que mira el cielo, 2010. Lithographie sur papier japonais. 328 x 113 cm
— José Maria Sicilia, La Chambre du fils, 2009. Lithographie sur papier japonais. 105 x 160 x 4,5 cm encadré
— José Maria Sicilia, Peaux, 2009. Lithographie sur papier japonais