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Du sténopé au téléphone portable

04 Jan - 26 Fév 2006
Vernissage le 11 Jan 2006

En s’appuyant sur l’utilisation de matériaux rudimentaires et recyclés ou en détournant le caractère prêt à consommer d’appareils photos gadget, la Foto Povera refuse la sophistication technologique.

Stéphane Brochier, Sandrine Calvet, Daniel Challe, Didier Cholodnicki, Bruno Debon, Marc Donnadieu, Patrick Galais, Emma Géraud, Remi Guerrin, Carlos Jurado, Claire Lesteven, Constance Lewis, Patricia Martin, Felten-Massinger, Christophe Mauberret, Juliette Méliah, Corinne Mercadier, Catherine Merdy, Oscar Molina, Io Paschou, Olivier Péridy, Caroll’Planque, Bernard Plossu, Nancy Rexroth, Valérie Sarrouy, Marc Trivier, Yannick Vigouroux, Nancy Wilson-Pajic
Du sténopé au téléphone portable

Le CPIF invite Yannick Vigouroux et Rémi Guerrin à présenter l’exposition «Foto Povera 3». En s’appuyant sur l’utilisation de
matériaux rudimentaires et recyclés ou en détournant le caractère prêt à consommer d’appareils photos gadget, la « Foto Povera » refuse la sophistication technologique. Parallèlement, Yannick Vigouroux co-signe avec Jean-Marie Baldner un ouvrage intitulé Les Pratiques Pauvres.

«Pauvreté n’est pas vice me répétait ma grand-mère, longtemps avant l’année de mes douze ans où elle m’offrit une sorte d’appareil oblongue, sans marque connue et dont le corps de l’objectif se tirait péniblement sur ce choix crucial pour le Parisien que j’étais : nuage/soleil.»
Christian Gattinoni, «De la pauvreté comme l’un des beaux-arts contemporains», catalogue de l’exposition «Foto Povera», Sallaumines, 2005.
Au-delà du phénomène de mode qui a accompagné l’apparition des appareils Lomo et Holga, une nébuleuse de pratiques attestent depuis le début des années soixante-dix de la vitalité d’une photographie qui va à rebours de la perfection technologique. Appareils jetables ou en plastique, sténopé, vieilles boîtes kodak, et appareils à soufflet sont les instruments de ces pratiques pauvres. Les photographes qui les utilisent croient avant tout en la nécessité de l’incertitude, du doute comme méthode, de l’erreur comme expérience fondamentale, en la beauté d’une rencontre – volontaire ou non – avec le hasard. Ils déclenchent parfois sans viser, en prise directe avec une réalité envisagée le plus souvent comme subjective.

L’enjeu de ces pratiques est artistique autant que politique. Au Mexique, des photographes tels que Carlos Jurado ou Patricia Martin utilisent actuellement le sténopé parce que, comparé au matériel photographique traditionnel, son coût est dérisoire. De nombreux ateliers sont aussi animés dans les banlieues françaises et les pays en voie de développement, comme au Mali par l’association Camera Oscura. Apprendre aux enfants et aux adultes à photographier avec une simple boîte de conserve percée d’un trou, c’est parier qu’en s’appropriant le processus photographique, de la fabrication à la prise de vue, ils portent sur leur vie quotidienne un autre regard et trouvent leur propre distance au monde.

À la fois acteur, en tant que photographe, et historien de ce courant, j’ai souhaité, avec Remi Guerrin, montrer la vivacité actuelle et la diversité de ces pratiques relancées aujourd’hui par l’usage de la web cam et des téléphones portables ; cela en privilégiant à côté d’auteurs aussi reconnus que Bernard Plossu, Felten-Massinger, ou Corinne Mercadier, des travaux de jeunes photographes parfois inconnus dont certains ne revendiquent même pas le titre d’artiste…

Yannick Vigouroux, novembre 2005