ART | CRITIQUE

Du fauteuil de mon roi rose

PMarine Couderette
@01 Mai 2011

Sarah Tritz fait de galerie Anne Barrault un lieu de voyage. En haut, en bas, sur les murs, sur le sol, au centre... tout l'espace est occupé par ses peintures, ses sculptures. Elle aime détourner les petits riens de la vie courante pour créer des histoires.

«Je ne suis pas sculpteur, je préférerais dire que je fais de la peinture en trois dimensions». Voilà comment se définissait Sarah Tritz lors d’une interview pour son exposition «Un joyeux Naufrage» en 2007. Quatre ans après, elle présente «Du fauteuil de mon roi rose», à la galerie Anne Barrault.
Elle colle, elle sculpte, elle moule, elle dessine, elle assemble, rien ne l’arrête. On retrouve cette «peinture en trois dimensions» sous forme de huit constructions et de huit tableaux: de nouvelles pièces côtoient les anciennes, présentées à la Foire d’art contemporain de Lyon.

Sarah Tritz a pris près d’une semaine de réflexion pour organiser l’espace. Une étape qu’elle juge aussi importante que la création: «Le travail me semble aller de la naissance de la forme dans l’atelier jusqu’à son accrochage, cela fait partie du processus de création qui accompagne les formes» (entretien avec Guillaume Hervier, janv. 2011).

Elle a fait de cet espace nu aux murs blancs, un lieu de voyage. En haut, en bas, sur les murs, sur le sol, au centre… tout l’espace est occupé. Cela donne une ambiance très rythmée, presque trop au début. Il y a tellement de choses à voir que l’on ne sait plus où donner de la tête. Doit-on s’arrêter au Paysage nocturne à l’entrée et faire le tour? Ou bien se faufiler entre Ma travestie au repos et un Bel été? Mais ce sentiment de «trop plein» s’estompe rapidement.

L’exposition de la galerie Anne Barrault emmène le visiteur dans des voyages inattendus. Le Store vénitien à l’entrée donne un sentiment d’ouverture de la salle vers d’autres horizons. On se dirige ensuite vers La Colonne, une grande sculpture située au milieu de la pièce. Construite en atelier, et achevée dans la galerie, elle se compose d’une multitude de matériaux: le plastique, le bois, la peinture, tout est mélangé. En s’attardant un peu, on note les détails. Ajoutés au dernier moment, ils donnent un sentiment d’instantanéité, comme si l’artiste venait de passer pour achever son œuvre et nous souffler ses pensées.
Une mèche de cheveux, une chaîne, un roman sur les singes, des colliers, etc., Sarah Tritz aime détourner les petits riens de la vie courante pour créer des histoires. Elle montre qu’un objet a priori banal peut raconter quelque chose et jouer un rôle important dans sa création.

Chaque œuvre est une invitation à découvrir une scène et l’imaginaire du spectateur fait le reste. Au centre, à côté de La Colonne, est érigé le Fauteuil de mon roi rose. Il n’attend plus que la princesse qui viendra s’y asseoir et prendre son sceptre de plumes.
Cette pièce fait partie intégrante du Salon, composé du Vase et de La Petite Ruine et du Masque. Une orange moisie posée dans le Salon permet de créer une certaine temporalité dans la pièce. A travers ces «trouvailles», Sarah Tritz nous transmet des moments de sa vie. Elle se sert aussi de ses œuvres pour suggérer ses influences artistiques: à travers le luminaire de Rodtchenko accroché au plafond, elle transmet son admiration pour l’artiste russe.

Le long des murs, Sarah Tritz a disposé plusieurs tableaux, en rythmant là encore la présentation. Elle joue sur la taille des pièces avec Derrière le mur, un petit tableau de 16 cm ou, de l’autre côté de la pièce, avec une œuvre sans titre composée d’un coquillage et d’un immense tableau occupant un pan de mur entier. Près de ce tableau, un oiseau de bois prêt à décoller contraste avec Le Salon. D’un côté de la pièce, on ressent le temps qui passe, de l’autre, il est arrêté.

Une dernière pièce en forme de sculpture déstructurée, Une rose n’a pas de dents, est encore un symbole de contraste. La rose est en béton, plutôt que ses épines, ce sont ses dents qui sont évoquées. Sarah Tritz nous montre, une dernière fois, qu’un objet à plusieurs sens, et que chacun peut l’interpréter à sa manière.

Œuvres
— Sarah Tritz, vue de l’exposition «Du fauteuil de mon roi rose», galerie Anne Barrault, Paris, 2011
— Sarah Tritz, Le Store vénitien, 2010. Papier, peinture à l’huile, acrylique et pastels gras sur papier. 84,5 x 143,5 cm
— Sarah Tritz, Espace de Chirico, 2010. Encre de chine, encre aquarelle et peinture en bombe sur papier. 149 x 93 cm
— Sarah Tritz, série «Derrière le mur», 2010. Plâtre, encre aquarelle et acrylique. 22 x 16 x 2,5 cm
— Sarah Tritz, vue de l’exposition «Du fauteuil de mon roi rose», galerie Anne Barrault, Paris, 2011
— Sarah Tritz, vue de l’exposition «Du fauteuil de mon roi rose», galerie Anne Barrault, Paris, 2011