ART | SALON

Drawing now Paris

29 Mar - 01 Avr 2012
Vernissage le 29 Mar 2012

«Drawing now Paris» est un salon dédié exclusivement au dessin contemporain. Pour cette nouvelle édition, il rassemblera nombre d’artistes, dont des talents émergents présentés par la galerie Roussan.

Sandra Aubry et Sébastien Bourg, Mathieu Bonardet, Elvire Bonduelle, Paola Castro, Réjane Lhote, François Mazabraud
Drawing now Paris

La série des Catastrophes de Sandra Aubry et Sébastien Bourg reprend des images de cataclysmes de toutes natures, en mêlant dessins et photos. Ces collages sont construits selon des accumulations et des superpositions successives, révélant une profondeur où alternent perspective et aplat. Les reprises multiples à quatre mains des compositions et des décompositions de ces images cherchent des processus de fabrication similaires aux cataclysmes, sur la mince frontière entre destruction et recréation.

Les dessins (dessin-objet, dessin-performance, ou dessin réintégrant le champ pictural par le moyen du chassis) de Mathieu Bonardet sont une matérialisation du temps survivant à la perpétuelle destruction du présent. Ils présentent un temps hors du temps, résultant de la répétition du geste conservé; chaque trace déposée par le crayon devient témoin – enregistrement d’un instant fugitif. Ces traits sont les empreintes du temps et le moment de l’exécution devient l’expérience physique de sa confrontation.
Cette expérience du temps s’ajoute une expérience de l’espace mis en tension. L’horizon, c’est l’infini, perçu comme fini; seule limite de ces paysages, terrains d’expression d’une angoisse: celle du temps qui passe.

«Les dessins à la règle» d’Elvire Bonduelle sont le fruit de joyeuses récréations. Tout se passe comme si, mettant entre parenthèses ses habitudes de travail, elle laissait soudain libre cours à des divagations plus ou moins sérieuses, souvent absurdes et parfois même comiques. On y retrouve les préoccupations que l’artiste n’a de cesse d’évoquer: l’ordre et l’équilibre, l’objet fonctionnel et l’ornemental, l’architecture, et, comme dans la série Maison Voiture Chien par exemple, le confort bourgeois. On y croise souvent des réalisations de l’artiste et s’y profile des projets à venir. Cette série témoigne, si besoin était, de l’étonnante cohésion du travail d’Elvire Bonduelle, tissant un gigantesque réseau de liens entre chaque chose évoquée dans un élan miraculeusement optimiste.

Paula Castro aborde le dessin à travers des paysages imaginaires composés de points et de lignes, formes couvertes et révélées dans leurs plis. Représentations du domaine de l’imaginaire et du mental, le monde est interprété comme un «corps» d’infinis points sur lesquels la surface est en mouvement dans le temps et l’espace.
Ses dessins sont le résultat d’une modification visuelle ou d’une réunion mystérieuse entre la littérature et le trait. En utilisant une technique de rapidité et de lignes profondément indécises, Paula Castro inclut une dimension d’irréalité du réel dans laquelle des fragments d’histoires rencontrent les interprétations de chaque spectateur ayant lui même sa propre histoire.

Les dessins de Réjane Lhote ont pour point commun d’être réfléchis dans le format livre. Que ce soit un carnet de voyage réel ou imaginaire, Réjane Lhote explore, au fil des pages, l’espace ambiant dans lequel elle se trouve. Elle note, annote ce nouveau lieu, le balise, le restitue. Elle l’explore, rend visible ce qui l’y touche et y prend sa place. Ses doutes, ses interrogations cherchent des réponses par le dessin. Ses dessins, ses mots, ses fils et aiguilles nouent, dénouent, renouent un fil de vie. De point en point, de fil en fil, tout et tous se rencontrent, dérivent et se tissent en un flux, une tension perpétuelle qui attaque ce qu’il y a de plus profond, de plus intériorisé, en elle et en nous.

Dans les dessins de François Mazabraud s’intéressent à des zones interdites (frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, région autour du réacteur accidenté de Tchernobyl) dans lesquels l’absence de l’homme devient paradoxalement synonyme de développement écologique avec la réapparition de certains animaux et végétaux.
Lorsqu’il entreprend des recherches sur un sujet, François Mazabraud utilise souvent la forme du dessin car elle lui permet de faire germer des idées et de se poser des questions de manière plus intuitive.
Dans cette série, les motifs principaux sont ceux d’animaux atypiques symbolisant un accident ou une séparation. Les schémas utilisés pour la réalisation des dessins suivent une dialectique constante, entre ordre et chaos, animaux resurgissant mutilés par des mines, barrière de barbelés servant de perchoir à des oiseaux, espèces rares repeuplant des zones hautement radioactives en pleine mutation.
Cependant si les codes utilisés peuvent faire penser à un «hic et nunc» dans ces contrées dangereuses, certains détails, (logos de chaîne de télévision, adresse d’un site web) semblent révéler le contraire. En effet, si l’aspect inachevé ou la nervosité du trait de ces croquis peuvent laisser penser qu’ils ont été pris sur le vif, dans une certaine forme de témérité, voire de folie (il faut être un peu tête brûlé pour aller dessiner dans une zone minée) ils ne sont, in fine, que des observations d’une prise de vue éloignée et confortable fidèle à un certain type d’objectif. Il n’y a plus de contexte en dehors de celui déjà préenregistré et déformé d’un média de masse et le dessin, n’est ici finalement, qu’une prise de note, un exercice de style; fragment d’une recherche plastique à double distance.