ART | CRITIQUE

Dispositifs

PMuriel Denet
@12 Jan 2008

En libérant les flux d’images de leur cadre écranique, pour les projeter sur des supports et des formes divers, Tony Oursler retourne le spectacle du monde comme un gant. L’œil désorbité domine la scène, clamant la toute puissance du regard et du visible.

Le spectacle est dans la salle. Les faces blafardes des spectateurs, qui, captivés, se gavent de corn flakes, reflètent les variations lumineuses de l’écran invisible. Du divertissement hollywoodien ne nous parviennent que des bribes sonores, recouvertes par des vociférations inquiétantes. Le spectacle absorbe, et déborde. L’image sort de ses gonds et rejaillit partout, sur les murs et les figures de chiffon (System of Dramatic Feed Back).

En libérant les flux d’images de leur cadre écranique, pour les projeter sur des supports et des formes divers, Tony Oursler retourne le spectacle du monde comme un gant. L’œil désorbité domine la scène, clamant la toute puissance du regard et du visible.

La machinerie à l’œuvre — les dispositifs de projection et leurs trous noirs — est mise à jour. Plus rien n’échappe à cette équivalence tyrannique : la vue — passive et active — égale la vie. L’extériorité est donc totale, toute frontière entre privé et public, dedans et dehors, intimité et apparence, a disparu dans la confusion du réel et du simulacre. Le résultat en est monstrueux. Les faces hurlantes et grimaçantes à quoi se réduit l’individu, pantin paralysé cloué au mur, sont enfermées dans des capsules immatérielles, qui interdisent le moindre échange de regard (Multicolored).

Dialogue de sourd, brouillage, cacophonie, règlement de comptes névrotiques, folie, dans une ville réduite à ses zones de passages et de parcages, le visiteur est pris sous le feu de la déflagration tous azimuts du regard, et de l’individu (Climax). Les frontières se sont déplacées. Intériorisées, elles le coupent, l’isolent, le divisent, entre animé et inanimé, articulé et désarticulé, matériel et immatériel. Un vrai cauchemar.

Tony Oursler
Sexta Cifra de Pared (Model), Edificio Forum, Barcelona, 2005. Projection vidéo, maquette architecturale avec base en bois, DVD pal en boucle, couleur et son. 10’26.
The Influence Machin (Model), Madison Square Park, New York, Soho Square, London, Magasin 3, Stockholm, 2005. Projection vidéo, maquette architecturale avec base en bois, DVD pal en boucle, couleur et son. 22’.
Evol, 1984. Vidéo, couleur et son. 28’58.
Fluctuat (Model), Kunsthaus, Bregenz, 2005. Projection vidéo, maquette architecturale avec base en bois, DVD pal en boucle, couleur et son. 34’25.
Multicolored MPD, 2005. 10 projections vidéo, 10 sphères en fibres de verre, 5 trépieds, 10 DVD pal en boucle, couleur et son. Durées variables.
Eyes, 1996. Projection vidéo, 25 têtes en fibres de verre, DVD pal en boucle, couleur et son, actrice : Tracy Lespold. 41’.
4 Architecturals Blocks : Sony Block, Station Block, Appartment Block, Lovers, 1994-1996. 4 projections vidéo, 4 parallélépipèdes en bois, 4 DVD pal en boucle, couleur et son. Durées variables.
Climax, 2005. 3 projections vidéo, forme en résine, 3 DVD pal en boucle, couleur et son, acteur : Tony Conrad. 12’10.
The Watching, 1992. Installations vidéo, 7 éléments :
1. Effigy Eyes, œil en fibre de verre, vêtements ;
2. Chair of Figures, 3 poupées de chiffon ;
3. Instant Dumnies, 3 capsules de verre, tissu et matériaux divers ;
4. F/X Plotter, projection vidéo, DVD pal, couleur ;
5. Reflective Faces, 2 moniteurs noir et blanc ;
6. Model Release Forms, tissu ;
7. Blucket of Blood, bassine en métal, tissu et matériaux divers ;
System of Dramatic Feed Back, 1994. 7 projections vidéo, mur sur roulettes, tas de figures, 7 DVD pal, couleur et son. Durées variables.
The Watching – Sex Plotter, 1992. Projection vidéo, poupée de chiffon, trépied, DVD pal en boucle, couleur et son, actrice : Constance DeJong. 29’.
Ground Zero 1, 2002. C-print.
Ground Zero 2 , 2002. C-print.
Ground Zero 3, 2002. C-print.
Switch Simulacra (2/2), 1996. Moniteur noir et blanc, joystick, microphone.