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Disaster

L’Amérique apparaît dans sa puissance et sa culture autant que dans sa vulnérabilité et sa brutalité. Au-delà, le spectre du désastre (Disaster) menace les sociétés avancées… 

En cette période où l’administration Bush fait grincer des dents le reste du monde par sa liesse guerrière, le travail de Tom Sachs rejoint en quelque sorte l’actualité. Son exposition à la galerie Thaddaeus Ropac n’est-elle pas, en effet, placée sous l’emblème américain : un aigle impérial accompagné de la devise « Seal of the President of the United States of America ».

Sur le bras gauche d’une chaise électrique en attente — qui nous attend… — est posé un téléviseur. Est-ce pour se voir mourir ? Où est-ce une critique de la télévision qui engendre la violence ? Trois œuvres d’Andy Warhol sont accrochées au mur : les Electric Chair de 1978 qui, elles, évoquent l’après de la mise à mort. Tom Sachs revendique sa filiation avec le Pop Art : en forme de clin d’œil à Jasper Johns, un drapeau américain est gravé dans le bois d’une barrière rouge et blanche. Sur le même matériau le texte de rap de Juicy, mort d’une balle dans la tête à l’âge de vingt-cinq ans, traduit la brutalité du pays.

Face à cet ensemble, une barricade de police — Police do not cross ! — rapportée à l’échelle 1/4, et posée sur un socle, dénonce la paranoïa sécuritaire américaine. Tandis que sont gravées sur une arme bricolée les initiales de JFK, avec ses dates de naissance et de mort 1917-1963. Récemment, Bowling for Columbine de Mickaël Moore a mis en lumière la décadence d’une civilisation trop riche.

Face à un avion à l’allure spectrale, presque divine, est posée une poubelle.
Construit à l’échelle 1/25e, l’avion appartenant à la série White, est entièrement fabriqué avec du carton-mousse et du scotch. Matériaux qui donnent un aspect brut et enfantin aux œuvres de Tom Sachs. Accroché à un fil, l’avion manipulable renvoie à l’horreur du 11 septembre, tandis que la poubelle (également fabriquée en carton-mousse) symbolise la société de consommation, le règne de l’éphémère et du gaspillage.

Derrière le mur, la phalloïde navette spatiale Challenger pointe, comme l’érection du pouvoir masculin, celui de l’Amérique pour qui « la course à la Lune » avait pour but de dominer le monde et l’univers entier.

Enfin, la sérigraphie d’Andy Warhol intitulée The Skull (le crâne) est présentée avec une œuvre de Tom Sachs, qui porte le même titre. Dans la tradition de l’histoire de l’art, c’est la vulnérabilité de l’existence humaine qui est ici signifiée. Alors que la chaise électrique d’Andy Warhol se situait après la mort, le crâne est un motif atemporel. La recherche d’immortalité qui s’exprime aujourd’hui par le clonage ou la DHEA, ne relève t-elle pas comme hier de l’utopie ? De la vanité.

Au-delà de la conjoncture présente, l’œuvre de Tom Sachs interroge des avancées technologiques des pays riches : le spectre du désastre (Disaster) qu’elles portent en elles.

Tom Sachs
Skull, 2003. Carton et colle. 25 x 15 x 15 cm.
The Crawler, 2003. Carton, colle, bois et métal. Base : 114,30 x 200,70 x 171,50 cm; navette : 185,40 x 61 x 101,60 cm.
W.W.J.B.D.? (What Would James Brown Do?), 1999. Matériaux divers. Dimensions variables.
Let Every Nation Know (Rifle), 2003. Matériaux divers. 20 x 94 x 4 cm.
Presidential Seal, 2003. Peinture sur bois, colle, métal. Ø 153 cm.

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