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Dirk Braeckman

07 Nov - 04 Jan 2015
Vernissage le 07 Nov 2014

Expression de l’expérience d’un moment, les photographies de Dirk Braeckman surgissent tels les fragments épars d’un journal intérieur. Figure majeure de la scène contemporaine flamande, le photographe retravaille la matière même du négatif puis du tirage, et le sujet n’est plus que prétexte à une réflexion sur la représentation en photographie.

Dirk Braeckman
Dirk Braeckman

A première vue, Dirk Braeckman photographie le plus simplement du monde: il ne se met pas en quête de sujets remarquables ou de lieux singuliers mais photographie ce qui l’entoure, au 35 mm, souvent frontalement et à hauteur d’yeux. Ses images, à faible teneur narrative ou anecdotique, ne sont pourtant jamais une représentation directe de la réalité.

Dirk Braeckman prélève, élimine, distord, sculpte, tout ce qu’il voit. Et soudain, rien n’est plus ce qu’il paraît. Carreaux de salle de bain, coin de lit, pan de papier peint, l’objet le plus anodin se met à vibrer, à envahir l’espace, à devenir palpable. Le satin d’un drap irradie, le formica de la table basse exulte.

La sensualité exacerbée de ce monde inerte renvoie à la tactilité du tirage photographique lui-même, magnifiée par un papier mat et un raffinement extrême des nuances de gris. Toutes les nuances de gris. Gris perle, gris charbon, gris argent, gris lézard, gris platinium, gris phénix, gris ardoise, gris Lisbonne, gris horloge, gris lune…. la palette infinie du monochrome.

Formé à l’Académie royale des Beaux-Arts de Gand à la peinture autant qu’à la photographie, Dirk Braeckman donne vie à ses images dans la chambre noire. Là, parfois des années après la prise de vue, il retravaille la matière même du négatif puis du tirage, éclaircissant ou obscurcissant certaines parties de l’image, rephotographiant souvent ses propres tirages ou ses «images d’images» prises dans les magazines ou sur internet. Les négatifs et les tirages ainsi accumulés deviennent la matière première de son œuvre. Une mine dans laquelle il peut tailler à l’infini. Tirage après tirage, cet épuisement de l’image par l’image finit par faire basculer le travail de Dirk Braeckman du côté du geste performé plus que de l’enregistrement du réel. Son exigence picturale rend tout probable, même le vrai.

Avant tout expression de l’expérience d’un moment, les photographies de Dirk Braeckman surgissent tels les fragments épars d’un journal intérieur. Dans ce huis-clos sans récit, sans personnage ni histoire, tout se passe comme si le ressort ou l’intrigue de la scène se tramaient hors-champs. Dirk Braeckman cite parfois le livre de Luc Sante, Evidence (1992) et ses images prises par la police de New York au début du siècle dernier. Les photographies de Dirk Braeckman s’apparentent à ces scènes de crime, trop vides, sans mobile apparent où tout devient indice.

«Je préfère les images qui ne se laissent pas facilement déchiffrer par le spectateur. Ce peut être un obstacle visuel, un point aveugle dans la représentation comme si, au cours du processus, des détails avaient disparu, des éléments d’information s’étaient perdus, des repères détruits. Cette obstruction me plaît car elle conduit le spectateur, face à l’image, à ne compter que sur sa propre perception. » (Dirk Braeckman)

Une image-énigme, autonome, se déploie face à nous en grandeur nature, et nous absorbe. L’opposition classique en histoire de l’art entre «abstrait» et «figuratif» semble ici dépassée. Le sujet n’est plus que prétexte à une réflexion sur la représentation en photographie. Ou comment, par l’image, traduire le mystère de sa propre présence au monde. Dirk Braeckman «se voit voir. Comme une conscience qui se retourne sur elle-même.» (Jacques Lacan)

Diane Dufour

Dirk Braeckman est né en 1958 à Eeklo en Belgique.

Vernissage
Vendredi 7 novembre 2014