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Didier Trenet

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@12 Jan 2008

Du Japon, Didier Trenet ramène un ensemble d’œuvres où s’entrecroisent spiritualité orientale et plastique occidentale. Une grande structure construite de tubes d’aération est à mi-chemin entre une esthétique industrielle et la sérénité du jardin zen. Comme toutes les pièces de l’exposition elle a pour sous-titre «Negi-an» signifiant en japonais «petit ermitage aux poireaux, ou aux oignons».

En résidence artistique au Japon, Didier Trenet ramène de Moriya-Ibarak, à une heure de Tokyo, un ensemble d’œuvres et d’études où s’entrecroisent spiritualité orientale et plastique occidentale.
La grande structure sur laquelle s’ouvre l’exposition, La Raffinerie, est construite de tubes d’aération qui soutiennent des vitrines-présentoirs. Là, les délicats dessins et autres photocopies sur film transparent sont à parcourir en une déambulation circulaire et circulatoire. À mi-chemin entre une esthétique industrielle et la sérénité du jardin zen, cette raffinerie est agrémentée, tout comme d’autres pièces de cette exposition, du sous-titre « Negi-an » signifiant, en japonais, « petit ermitage aux poireaux — ou aux oignons ».

Ce rapport au temple et à la procession se retrouve dans TV Ceremony, titre parodiant la fameuse Tea Ceremony nippone : posée au sol, une petite estrade sert de piédestal à plusieurs rangées d’oignons. Perpendiculairement à cette estrade, une télévision à l’écran brouillé est esquissée sur bois. Cette pièce est le résidu d’une action-procession où l’artiste demandait au public de venir se recueillir devant l’autel-miniature. Mais cet objet-accessoire posé-là ne perd-il pas tout son sens en dehors de cette action qui eut lieu au Japon? De même, le jeu-de mots TV Ceremony fait-il autre chose que d’insister sur l’idée, certes fondée, mais résolument banale, que la télévision, et le rituel qui l’accompagne, tendent à remplacer la spiritualité?

De cette spiritualité, Didier Trenet n’en manque pas et c’est peut-être avec sa série de « serpillières » qu’il le montre le mieux. Sculptures à la Robert Morris, comme il aime à les appeler, il arrive à transformer ces objets de la vie quotidienne en simulacres de mandylions, le linge que Véronique tend au Christ sur le Chemin de croix et sur lequel celui-ci laisse l’empreinte du visage.
On sait à quel point les historiens de l’art ont glosé sur cet épisode des Évangiles apocryphes, rangeant la « Véronique » dans les collections d’images achiropoïètes, non faites de main d’homme, auprès de la Sainte Face et autres suaires. Ces premiers actes photographiques (nous sommes, faut-il le souligner, dans la métaphore) ont aussi été l’occasion, pour les peintres, d’étudier les drapés, Véronique étant souvent représentée en mouvement, la toge virevoltante et le voile au vent. Didier Trenet semble s’approprier ce legs pour travailler le pli en cisaillant de larges sourires dans les serpillières usagées. Enfin, il achève dans une pirouette en intitulant ces objets détournés, Vannée, Rétamée ou encore Out, comme s’il fallait toujours une dose d’humour pour contrecarrer les héritages un peu trop lourds.

Le livre d’artiste, très important dans l’œuvre de Trenet, n’a pas été mis en évidence dans cette exposition, même si les pages arrachées du cahier ne sont jamais très loin. Accueillant tour à tour des petits dessins au crayon ou à l’encre et des végétaux trouvés au Japon, ces délicats travaux sur papier accrochent tout autant le regard que les grandes machines tubulaires de métal et de néon, peut-être même plus.

Didier Trenet
La Raffinerie (Negi-an), 2002. Métal, bois, verre, plexiglas, éclairage, photocopies, impressions jet d’encre sur transparents. 212 x 200 x 123 cm.
Tympan au verre, 2002. Métal, éclairage, sanguines sur papier crème. 143 x 30x 12 cm.
Deux bonnes sueurs, 2002. Métal, éclairage. 212 x 106 x 12 cm.
— Série « Soubrettes », 2000. Sept dessins. Fusain sur papier canson. 63 x 47 cm.
Vannée, 2002. Coton recyclé. 67 x 43 cm.
Rétamée, 2002. Coton recyclé. 66 x 44 cm.
Out, 2002. Coton recyclé. 67 x 42 cm.
La Bonne Fatigue, 2002. Contreplaqué pyrogravé. 75 x 48 cm.
TV Ceremony, 2001-2002. Bois peint et pyrogravé, éclairages, oignons. 51 x 102 x 90 cm (mise en route à la demande).
Negi-an, 2002. Pastel sec sur kraft. 100 x 200 cm.
Sans titre (Negi-an), 2001. Encre et végétaux sur papier. 19,5 x 29,5 cm.
Étude pour une enseigne, 2002. Sanguine et encre sur papier crème. 19,5 x 29,5 cm.
Enseigne. Impression numérique sur bâche plastique (à l’extérieur). 80 x 70 cm.