ART | CRITIQUE

Diagonal Paintings

PFrançois Salmeron
@23 Avr 2013

Fidèle à ses principes, Alan Charlton offre un ensemble de monochromes triangulaires gris, à la fois austères et élégants. Portant un soin bien particulier à l’élaboration de chaque châssis, Alan Charlton pense ses œuvres en étroite relation avec l’espace d’exposition, créant ainsi un certain rythme de scansion entre les toiles.

L’œuvre d’Alan Charlton est voisine du minimalisme en ce qu’elle se focalise sur des formes basiques et extrêmement épurées. Néanmoins, l’exposition «Diagonal Paintings» nous donne à voir une nouvelle facette de l’œuvre de l’artiste, qui délaisse ici toute forme carrée ou quadrangulaire, et construit désormais des châssis triangulaires. Le geste d’Alan Charlton apparaît alors avec une simplicité radicale, composant des assemblages de triangles rectangles scrupuleusement disséminés dans l’espace de la galerie.

Mais s’il change de forme, Alan Charlton reste toutefois fidèle à ses monochromes gris. En effet, les diverses nuances de gris qu’il compose, témoignent d’un dosage subtil de plusieurs couleurs qu’il applique sur la toile de manière uniforme. Et, malgré les diverses couches de peintures, la texture de la toile transparaît élégamment à nos regards, témoignant de l’attention que l’artiste porte à ses matériaux.

Cependant, ces monochromes gris pourraient nous sembler assez peu bavards, voire tout à fait austères — «Je n’ai rien à dire et je le dis», admet volontiers l’artiste. On notera néanmoins que leur mise en relation avec l’espace de la galerie crée une véritable scansion, déroulant un motif rythmique que l’on suit en glissant d’une surface vers une autre. Les formes triangulaires s’agencent donc suivant différents modes de répétition.
A ce sujet, l’artiste avance d’ailleurs: «Je ne crois pas que les peintures puissent exister sans espace. Il ne s’agit donc pas d’une installation spécifique à cet espace, c’est l’espace qui devient partie de l’œuvre.»
Ainsi, Alan Charlton entame de véritables dialogues entre les monochromes, en proposant des assemblages de triangles. Deux triangles rectangles peuvent alors s’emboîter ou être disposés dos à dos, et former un carré ou un triangle de plus grande dimension. En ce sens, la lecture des œuvres peut également s’opérer suivant différentes échelles.

Des vides séparent toutefois chaque triangle, marquant une sorte de respiration et de coulissement entre les œuvres. Ces vides de 4,5 cm correspondent d’ailleurs à l’épaisseur du châssis de chaque toile, créant une correspondance entre la matérialité de l’œuvre et sa disposition dans l’espace.

Enfin, on remarque que le triangle gagne peu à peu en autonomie, jusqu’à être représenté seul, sans assemblage et sans faire écho aux anciennes formes quadrangulaires. Le triangle change à ce moment-là de configuration, et devient équilatéral et non plus rectangle, appuyant le caractère sobre, direct et résolument épuré de l’œuvre d’Alan Charlton.