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Dewar et Gicquel

PNicolas Bauche
@12 Jan 2008

Daniel Dewar et Grégory Gicquel sont allés en terre australe d’où ils ont ramené des machines construites dans des matériaux palpitant de vie. Posées à même le sol, leurs machines refont le chemin de l’âge de bois à l’âge de fer, du brut au poli, le tout dans une esthétique de trappeur.

De l’art et de la technique, lequel l’emporte sur l’autre lorsque la civilisation s’ébroue encore dans le bain frémissant de ses premiers âges ? C’est un peu la colle de la poule et de l’œuf mais appliquée à l’esthétique dont s’emparent Daniel Dewar et Grégory Gicquel dans leur Hazelnut Cottage. Ils défont deux termes que l’on n’arrive plus, dans la production contemporaine, à séparer sans l’amputer de son identité.

Le duo qui, voilà encore quelques mois, recyclait les productions industrielles, transformait le bric-à-brac usiné en art sépare aujourd’hui les produits manufacturés de l’artisanat. Comme le grain de l’ivraie ? Ce serait mal connaître ces artistes capables d’aller en terre australe pour décaper leur vision de l’art par un travail, pour certaines œuvres, soutenu par le Victorian College of Art de Melbourne.

Le résultat ? Une vision in progress de l’alliance têkhné/ars où chaque œuvre est une étape de leur entente cordiale. Posées à même le sol, leurs machines refont le chemin de l’âge de bois à l’âge de fer, du brut au poli, le tout dans une esthétique de trappeur. Non que Dewar et Gicquel se prennent pour Davy Crockett ou subissent le contrecoup du retour à la nature.

Le tilleul, à nu, découvre ses fibres striées au rabot, sa texture tantôt oxydée tantôt tendre. Les plasticiens ont débité le bois en rouages mal dégrossis pour construire leurs machines dans des matériaux palpitant de vie. Sur une structure en bambou, Strike a Pose (2006) présente toutes les qualités de l’artefact industriel : la grosse manivelle actionnant un processus qui nous échappe, une sorte d’enclume bosselant l’engin et de la laine dont les fils se répandent en un tapis rouge, noir, argent et or.

Deux autres machines sont posées à côté. Et chaque production obéit clairement à une ordonnance technologique, chaque vis coulisse sur une autre pièce pour mettre en branle une mécanique astucieuse mais dont le mode d’emploi, à nouveau, ne nous est pas donné.
A la différence d’Aruba 49cc que la galerie Loevenbruck avait présentée dans une précédente exposition, la nature n’est pas reconstituée par des produits industriels, une minimoto des tuyaux débités en morceaux. Les deux compères font le chemin inverse, de la flore à l’outil. De la technologie végétale en somme.

De cette période écolo et industrielle affleurent des œuvres saisissantes, à l’image de ses germes en faïence émaillée, des formes aux courbes parfaites attachées à des hameçons. Du Henry Moore croisé avec l’outillage de pêche.

L’aventure australienne de Dewar et Gicquel aura été un tournant dans leur évolution. Une période apaisée peut-être d’où une maturité nouvelle va éclore. Car ces machines fermées sur leur signification profonde ont le pouvoir évocateur des vénus préhistoriques.

Dewar et Gicquel :
Shimano Fishing Reel, 2006. Bois (Tilleul). 90 x 125 x 85 cm.
Crow Bar and Dead Badger, 2006. Acier inox, bois (badi), peau de poney, peau d’agneau. 139 x 89 x 66 cm.
Lure, 2006. Faïence émaillée, laine, acier inox. 210 cm chaque.
Daïwa Fishing Reel, 2006. bois (tilleul). 115 x 110 x 96 cm.
Boxing Gloves, 2006. Peau de kangourou, bambou. 98 x 29 x 26 cm.
Led Weights, 2006. faïence émaillée, acier, cuir ; 200 x 20 x 20 cm.
Rapala, 2006. Faïence émaillée, acier. 68 x 20 x 23 cm. série de 24 pièces uniques.
Fishing Reel Made of Clay , 2006. Grès. 33 x 27 x 37 cm .

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