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Determinator

Le travail de Simon Willems témoigne d’une obsession pour la déliquescence des choses, la mort qui pénètre jusqu’au monde de l’inanimé. Ses compositions aux ambiances délétères et aux nuances grises nous laissent une certaine amertume et une sensation d’abandon, de solitude existentielle.
Il travaille du côté de la fêlure, du détail qui interpelle et vient troubler l’interprétation comme lorsqu’il prend comme sujet mourant un robot et le représente à l’image d’un homme sur son lit de mort, dans C3PO On His Death Bed.

 L’absence de visage humain interpelle: soit il se contente d’un contour sans détail, soit il le sort du cadre ou bien il est complètement brouillé ou encore recouvert d’un masque. Ceci empêche de lire la moindre émotion. En effet, ce qui est frappant dans les œuvres de Simon Willems, c’est le détachement, le côté abstrait et distancié des sujets.
Avec Stormtrooper Mourning The Loss Of His Mother, même quand il représente un personnage en train de pleurer la mort de sa mère, il ne livre pas le caractère particulier d’un individu mais grâce au masque du soldat «interplanétaire», il en fait un parangon de tristesse.

Toujours, on retrouve la sensation d’un monde anéanti, d’une humanité qui chute inéluctablement et se retrouve KO, au tapis comme le boxeur de la toile We Were Until We Weren’t. Il montre un homme en voie de disparition et évoque un univers de fin du monde, en faisant appel à des ersatz d’humanité : robot, soldat ou cosmonaute séparés du monde par une combinaison intégrale, ou dinosaures en plastique qui miment l’exil.

Si sa représentation du monde est distanciée, il faut également souligner l’ironie de ses propos. Notamment dans les titres qu’il donne à ses tableaux et qui font souvent sourire. En faisant référence au film de science-fiction La Guerre des étoiles, ou bien en utilisant des squelettes carnavalesques affichant leur sourire carnassier, Simon Willems introduit un certain détachement par rapport à ces thématiques morbides qui nous entrainent vers des notions de jeu et de dérision.

Ses travaux à l’aquarelle sur papier semblent faire bouger un cadre souvent figé dans l’opacité d’une hyper-réalité minutieusement rendue. Se libérant du détail, du côté obsessionnel de la représentation, il réinvestit la sphère du vivant. Et l’on découvre des dessins qui intègrent une certaine fébrilité comme dans sa série inspirée du rodéo, avec des chevaux fougueux qui ruent dans les brancards et s’apprêtent à faire sortir le cavalier de notre champ de vision.
La touche plus légère et dynamique apporte une respiration dans son monde intérieur et les compositions jouant avec le bord du cadre, renforcent l’impression de mouvement. Comme un sursaut de l’humanité mais sur lequel plane toujours l’ombre de la chute.

Simon Willems
Stormtrooper mourning the loss of his mother, 2007. Huile sur toile. 45 x 45 cm
C3PO on his death bed, 2007. Huile sur toile. 45 x 45 cm
No more Mr Nice Guy 1, 2007. Aquarelle et acrylique sur papier. 57 x 75 cm
No more Mr Nice Guy 2, 2007. Aquarelle et acrylique sur papier. 57 x 75 cm
Paseo 1, 2007. Aquarelle et acrylique sur papier. 26 x 34 cm
Paseo  2, 2007. Aquarelle et acrylique sur papier. 26 x 34 cm