ART | CRITIQUE

Dessins

PLéa Bismuth
@29 Jan 2008

Des dessins au crayon noir, des gestes et des visages esquissés, ouvrant sur l’espace de la page blanche, les yeux rivés vers le spectateur. Aucun lieu, aucun décor, aucune tentative de contextualisation ne les environnent. Ces portraits sont abstraits.

L’exposition précédente d’Alex Katz à la galerie Ropac proposait des dessins de taille imposante, à la sanguine, et aux traits épais. Il n’en est rien ici puisque les dessins sont de petite taille et les figures représentées sont esquissées de manière très subtile.

En effet, les visages et les corps sont comme des apparitions au cœur de l’espace immaculé de la feuille blanche. Ces figures semblent tremblotantes et sur le point de disparaître tant elles sont fragiles et fines.

Alex Katz obéit aux principes canoniques de l’art du portrait : de face ou de trois quarts, l’artiste croque des visages et des regards. Mais, il apporte sa touche personnelle à l’art du portrait en déclinant les poses comme tout autant de cadrages et de plans cinématographiques. Ainsi, le visage peut être représenté en gros plan en prenant quasiment tout l’espace de représentation, ou bien encore ce que le cinéma a nommé le «plan américain», de la tête à la ceinture. Le même visage revient sous un angle de vue différent. Alex Katz cherche peut être de cette manière à rendre la personnalité kaléïdoscopique de la personne…

Les visages semblent sereins. On pourrait même dire qu’ils sont comme absents, presque désincarnés. Ils seraient comme des surfaces traversées par le geste de celui qui les dessine. Par exemple, le sourire et le regard de Vivien n’ont pas une expression que l’on pourrait qualifier. Vivien sourit, l’air vague et les yeux perdus dans quelque chose qui toujours échappe.

L’impression qui se dégage de l’accumulation des dessins est assez étrange. Le spectateur voit des visages sans pouvoir entrer en relation avec eux, notamment parce que ces visages ne sont pas caractérisés. Aucun lieu, aucun décor, aucune tentative de contextualisation ne les environnent. Ces portraits sont abstraits. Ils n’existent que par les prénoms qui donnent leur titre aux dessins : Vivien, Vincent, Tracy, Yvonne, Leo…

Les silhouettes se détachent et, assurément, nous toisent de leurs regards lointains.

Publication :
— Catalogue de l’exposition avec un texte de Zdenek Felix

Alex Katz
Vivien, 2006. Charcoal on paper. 38 x 56 cm
Tracy, 2006. Charcoal on paper. 38 x 56 cm
Vivien, 2006. Charcoal on paper. 38 x 56 cm
Vincent, 2003. Charcoal on paper. 38 x 56 cm
Yvonne and Leo, 2005. Charcoal on paper. 38 x 56 cm

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