ART | CRITIQUE

Dépliages

PJulia Peker
@12 Jan 2008

Gabriel Orozco sculpte les gouttes de peinture à même l’envers de feuilles de papier pliées, imprimant son geste dans la figure, et transforme les points en surface.

Qu’il sculpte ou qu’il peigne, Gabriel Orozco travaille la matière en façonnant une empreinte. Dans sa dernière série sur papier, il décline un principe minimaliste: déposant une goutte de peinture en un ou deux points, il plie la feuille, la presse de ses doigts ou d’une spatule, puis la déplie. La symétrie organise des formes troublantes, révèle des figures imprévisibles. Selon la pression du geste, la peinture à l’huile est plus ou moins dense ; tantôt si dense qu’elle prend une consistance minérale, tantôt fluide et légère comme une aquarelle. Contournant le geste frontal du peintre apposant une forme sur la toile d’un trait ou d’un geste, il travaille l’envers du papier, pour faire apparaître des formes secrètes dans les pliures. Il sculpte la goutte, et transforme le point en figure étendue.

Mais Gabriel Orozco ne se contente pas d’entretenir une sensation d’émerveillement enfantine. Perturbant la rigueur géométrique du pliage, il déplace les axes de symétrie, décentre les lignes, place plusieurs gouttes de peinture à différents endroits, pour finalement encadrer une forme incomplète. Il fait apparaître les formes cachées dans les plis, mais les fait également s’effacer dans les découpages ou les recoupements.

En contrepoint de cette vaste série de Dépliages, Gabriel Orozco appose l’empreinte de son corps dans la terre cuite, et la trace de son visage barbouillé de noir sur un coin de mur. Le torse de l’artiste, pétri à même le sol avant d’être cuit dans la cendre, gît au milieu de la pièce, comme un morceau de corps pétrifié et moulé par le feu.

Contrastant avec ce travail physique et sensuel, la série des Samurai Tree poursuit son cycle, fidèle à sa rigueur mécanique. Depuis le début des années 90, l’artiste a entamé une composition conçue selon un principe formel systématique, dont il explore les différentes combinaisons. Un film d’animation, livré au calcul des machines, enchaîne toutes les figures possibles.

D’un côté l’empreinte et l’esquisse d’un corps, de l’autre l’application mécanique d’un principe, vidé des surprises logés dans les plis de la matière et les aléas du geste. Gabriel Orozco sculpte et calcule, en explorant les possibilités et les limites des séries.

Gabriel Orozco
Face imprint, 2007. Empreinte de visage sur le mur.
Pelvis, 2007. Bronze. 25 x 20 x 30 cm.