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Delirios

PSarah Ihler-Meyer
@13 Oct 2010

Dans l'exposition «Delirios», les arbres sont des éclairs, les papillons des feuilles et les fleurs des étoiles. Glenda Leon procède par correspondances et inversions du visible et de l’audible au profit d’une synesthésie inédite entre l’œil et l’oreille. Elle fait écouter les choses et regarder les sons.

De la correspondance entre les sens, aussi appelée synesthésie, on connaît les recherches des peintres abstraits du début du XXe siècle qui, tels que Frantisek Kupka, Paul Klee ou encore Vassily Kandinsky légitimaient leur pratique en se référant à l’art non représentatif qu’est la musique et sur des analogies entre les sons et les couleurs.

En revanche, on connaît moins le type de synesthésie auquel se livre Glenda Leon. Tout comme ses prédécesseurs, elle s’intéresse aux correspondances entre le visuel et le sonore mais déplace ces dernières du domaine de la palette et de la partition aux éléments naturels.

Ainsi, trois boîtes lumineuses présentent, tels des miroirs inversés, des éclairs aux fluorescences violettes au-dessous desquels se trouve soit un arbre à l’envers, soit de la glace fendue, du verre cassé ou un mur fissuré. Les coups de tonnerre que l’on perçoit intérieurement sans qu’ils soient effectivement émis se font branchages ou brisures; le son se fait image et l’image se fait son.
Plus précisément, l’audible et le visible permutent de telle sorte que l’on voit l’éclair comme un dessin tortueux et que l’on croit entendre claquer le verre, le mur et la glace. Glenda Leon réalise ici le projet de toute «synesthésie», faire écouter les choses et faire regarder les sons.

C’est également ce qui se produit dans les vidéos Delirios I et II. Chacune d’elles montre au milieu d’une prairie ensoleillée un arbre qui, au son d’un ciel orageux, se dépeuple des papillons qui constituaient son feuillage pour ne plus être qu’une sombre ramure sur un fond lumière d’encre. Le bruit de la foudre devient une ombre chinoise inquiétante et inversement.

Dans une dernière boîte lumineuse, Glenda Leon substitue les rameaux d’un cerf par les zébrures d’un éclair. Les bois détonnent quand le tonnerre se cristallise en une arabesque sinueuse.

Et alors? Rien, sinon le plaisir de l’expérience des sens et de leur confusion.

— Glenda Leon, Espejismo: Mirage, 2010. Deux miroirs encadrés, bois. 50 x 70 cm chaque.
— Glenda Leon, Delirio I, 2010. Video. Single Channel. Sound. Color. 0’55.
— Glenda Leon, Delirio II, 2010. Video. Single Channel. Sound. Color. 1’.
— Glenda Leon, Espejismos: El rayo y el glaciar / Mirages: l’éclair et le glacier, 2010. Light box. Lambda print sur film duratrans. 23,15 x 19 cm.
— Glenda Leon, Espejismos: Alce Iluminado / Mirages: Cerf illuminé, 2010. Light box. Lambda print sur film duratrans. Diam. 15 cm.
— Glenda Leon, Espejismos: Broken Glass/ Mirages: Verre brisé, 2010. Light box. Lambda print sur film duratrans. 22 x 24 cm.
— Glenda Leon, Espejismos: El Nacimiento de un Árbol / Mirages: la naissance d’un arbre, 2010. Light box. Lambda print sur film duratrans. 34 x 25 cm.
— Glenda Leon, Espejismos: Historia Oculta de las Aceras Rotas / Mirages: Histoire cachée des trottoirs cassés, 2010. Light box. Lambda print sur film duratrans. 24 x 16,48 cm.
— Glenda Leon, Delirio III, 2010. Video. Single Channel. Sound. Color. 2’.