ART | EXPO

Defaced

06 Déc - 12 Jan 2015
Vernissage le 06 Déc 2014

A l’origine de cette exposition, il y a Ubuah, un personnage hybride entre sculpture, costume et action que Henrik Plenge Jakobsen a créé en 2013. Ici, l'installation Defaced se compose de six sculptures, six panneaux solaires, deux têtes chevelues, des objets suspendus au plafond, quelques cloches à vaches et une vidéo d’Ubuah.

Henrik Plenge Jakobsen
Defaced

A l’origine de cette exposition, il y a le personnage d’Ubuah. Sculpture vivante évoquant un jeu rituel, ce personnage hybride hésite entre sculpture, costume et action. Il est apparu durant l’été 2013 dans le travail de Henrik Plenge Jakobsen, lors de la réalisation d’un projet intitulé Tournament d’objet à la Kunsthal Charlottenborg de Copenhague, à mi-chemin entre performance, exposition et festival. Cet événement, initialement axé sur les croisades médiévales, a finalement débouché sur une performance où Henrik Plenge Jakobsen portait un costume emprunté à l’Afrique de l’Ouest, une digression au-delà de l’approche eurocentrique du Moyen-Age, vers quelque chose de complètement différent.

Ensuite, l’artiste a décidé d’approfondir cette idée d’Ubuah et de la ré-européaniser en y intégrant de semblables évocations des traditions folkloriques et rituelles européennes. Cela a d’abord donné lieu à l’exposition «Divorced» à la Poor Farm Experiment dans le Wisconsin, puis un peu plus tard à une autre version, la performance Hex Ubu, à la Kunsthall d’Oslo en Norvège et aujourd’hui «Defaced», à la Galerie Patricia Dorfmann, dernière étape de cette exploration des pelages et plumages visant à créer quelques personnages hybrides hésitant entre sculpture, costume et action.

«Defaced» vient en fait de l’ancien français «desfacié», il signifie en anglais «mutilé» ou «vandalisé» et est souvent associé à la destruction de sculptures et plus récemment de sites Web. Le choix de ce titre tient à ce qu’il renvoie à la fois à la mutilation et à l’objet ou figure sans visage. Il peut également évoquer des sujets anonymes qui détruisent peu à peu leur propre environnement et doivent par la suite quitter les lieux ou se désintégrer.

A la Galerie Patricia Dorfmann, on peut découvrir six sculptures grandeur nature, six panneaux solaires, deux têtes chevelues (l’une blonde et l’autre brune), des objets suspendus au plafond, quelques cloches à vaches et une vidéo d’Ubuah dans une grotte.

Chacune des tenues avec ses accessoires a un jour été utilisée lors d’une performance ou d’un spectacle et laisse maintenant place à quelque chose d’aussi immobile que des objets figés sur d’imperturbables mannequins. La vidéo d’Ubuah montre une courte action accomplie dans une grotte sur une île lointaine de la Baltique et pourrait donc être l’image fantomatique de la chose vivante sortant de son antre après une longue hypothermie.

Les éléments qui ne sont pas intervenus dans une action sont les panneaux solaires et les deux têtes chevelues. Ce sont des œuvres rétinales plus classiques, les panneaux solaires notamment pouvant passer pour un essai actuel de monochrome de science-fiction façon Ad Reinhardt ou pour un austère tableau structurel. La technologie évoquée par les panneaux solaires est une base essentielle pour les satellites en orbite; sans ces cellules en silicium mono-cristallin, pas d’électricité pour les appareils dans l’espace. Dès lors, on peut aussi y voir un satellite en pièces détachées ou les composants d’un futur engin.

Les têtes appelées «Defaced Heads» sont faites de cheveux humains, probablement d’Indiennes dans le besoin, se prêtant à la fourniture d’extensions capillaires pour les femmes des pays riches ou à la production d’une pièce cynique telle que la mienne, pas très réconfortante ni réjouissante, mais qui reflète peut-être notre condition d’aujourd’hui, avec tout ce que cela comporte comme irresponsabilité et comme inclination illimitée pour les choses mortes.

Article sur l’exposition
Nous vous incitons à lire l’interview d’Henrik Plenge Jakobsen par Thimothée Chaillou en cliquant sur le lien ci-dessous.

critique

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