ART | EXPO

De fil et d’encre

11 Sep - 03 Oct 2014
Vernissage le 11 Sep 2014

Une exposition qui réunit trois univers artistiques autour de la sensibilité de la matière peinte et cousue. Elisabeth Baillon fait dialoguer la matière laineuse et la finesse du dessin. Hélène Duclos élabore des broderies dans lesquelles elle mêle dessin et travail du fil. Tandis que Hélène Lagnieu donne naissance à des êtres hybrides.

Elisabeth Baillon, Hélène Duclos, Hélène Lagnieu
De fil et d’encre

L’exposition «De fil et d’encre» dévoile, à travers la sensibilité de la matière peinte et cousue, trois univers féminins qui nous content des histoires mystérieuses, sensuelles et burlesques.

Elisabeth Baillon associe la broderie au dessin à l’encre et à la plume. A travers une thématique personnelle où l’art naïf, l’imaginaire et le fantastique coexistent, elle fait dialoguer la matière laineuse et l’œuvre graphique. Au sein de ses compositions, la matière brodée, brute et tangible s’associe à la finesse d’un dessin délicatement ombré qu’elle entoure ou ponctue de couleurs.

Elisabeth Baillon décrit ainsi sa pratique: «Broder, pour moi, c’est voyager sur un tissu! Au départ celui-ci est noir. S’y inscrit un dessin blanc, net, précis comme une carte d’état major. Désir de recouvrir entièrement cette nuit de lumière. De la machine à broder, détournée par moi de son utilisation industrielle, sort une chaînette de laine, aussi fine qu’un crayon, aussi agile qu’un pinceau. Ce véhicule se conduit à l’aide d’un alerte moulinet, d’une précision aigue, grâce auquel toutes les formes sont contournées, enveloppées, labourées en rythmes concentriques ramenant chacune d’elles vers leur noyau. Chaque virage provoque la levée d’un petit relief caractéristique que seule la rapidité de la machine est capable de produire.
Sous ce réseau coloré, point par point, la toile noire disparaît. La vitesse de la machine, son parcours dynamique sur la toile entraîne toutes les rêveries vagabondes. Son bruit métallique de petit tracteur couvre tous les autres bruits, remplit le silence de la maison, donnant à ma démarche l’intense solitude du coureur de fond.»

Hélène Duclos, quant à elle, dépeint une fable humaine épique replaçant l’homme au centre du chaos de l’univers. Elle rapproche l’homme, l’enfant et l’animal et offre une lecture douce-amère, réalisant un cheminement intérieur construit en transparence qui tente de reconnecter les êtres.

Du proche au lointain, les tumultes sont là, les tempêtes, les accalmies, l’effroi, les peuples et les pythies, l’humour discret, les déplacements, les failles dans l’immensité, les matières rauques, grattées, les territoires glissants, les perditions, les retrouvailles et les jugements. Le grotesque et le carnaval. Les migrations, les détails infimes. Le délicat. La sensualité fine et puissante d’une œuvre singulière aux accents multiples.

Hélène Duclos construit son œuvre de façon polymorphe autour des représentations de l’humanité. Elle s’interroge sur les densités, la démographie, les familles, la répartition des communautés et groupes qui la constitue et sur ce qui crée la cohésion (rituels, contes, mythes, transmissions…) ou au contraire qui la brise ou l’entrave (mouvement des peuples, exils, émigrations…). Mais il y a aussi la question du genre: le masculin et le féminin peuvent-il être encore définis comme des genres distincts?

Depuis quelques temps, elle complète cette œuvre picturale par un travail graphique: le dessin, la gravure et par la reprise du travail du textile. Elle élabore des broderies dans lesquelles elle mêle dessin et travail du fil. Ces broderies sont réalisées sur des pièces de tissus ou des pièces de vêtements souvent anciens.

Hélène Lagnieu nous invite à flirter avec l’étrange au cœur de scènes mystérieuses où le monstrueux s’allie à la sensualité des corps. «Hélène Lagnieu développe un univers unique. S’y croisent dans une atmosphère onirique, influences surréalistes, iconographies fantastiques, bestiaires imaginaires, étranges jardins de curiosité en fusion. Individus non identifiables et sans doute parfois pervers évoluent dans des scènes étranges. Cet univers tourmenté est plein de poésie. Mieux: il est d’une poésie pleine car profondément dérangeante. Continuellement à la recherche de la «pièce manquante», elle fait surgir ce qui jusque-là n’avait pas encore de formes. Des êtres hybrides ne cessent d’apparaître avec une impression de sensualité mais aussi d’étrangeté. Créant des œuvres avec des formes plutôt anthropomorphiques l’artiste invente une symbiose formelle entre l’être et la nature». Jean Paul Gavard-Perret, Hélène Lagnieu et les hantises polymorphes, 2011.