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David Salle. Paris Opera Paintings

Peintures figuratives juxtaposant les motifs et témoignant du trop plein d’images qui sature notre environnement. À la manière d’images subliminales que l’artiste aurait cristalisées sur la toile, cette superposition absurdes de signes (tournesol, chevalier en armure, cristaux de neige, zip, etc.) impriment la rétine mais brouillent la vision.

— Éditeur : Galerie Thaddaeus Ropac, Paris – Salzburg
— Année : 2004
— Format : 29,50 x 22,50 cm
— Illustrations : nombreuses, en couleurs
— Pages : non paginé
— Langues : français, anglais
— ISBN : 2-910055-19-1
— Prix : non précisé

Lire l’article sur l’exposition de l’artiste à la galerie Thaddaeus Ropac (2 mars-7 avril 2004)

La mémoire du présent
par Philippe Dagen (extrait)

Dans les œuvres [de David Salle], tout est visible, mais c’est un visible si l’on peut dire fatigué. Comme si trop de regards et trop de reproductions avaient usé ces images, elles ont perdu de leur substance. Elles sont bien souvent floues, incomplètes, fantomatiques : décolorées, en noir et gris, translucides, elles ont perdu une part de leur substance. Or cette banalisation, cette fatigue des images, c’est ce à quoi nous assistons depuis plusieurs années. À force d’être diffusées, répétées, ressassées, ces nudités n’ont plus rien de choquant, ni rien de désirable. Elles ne provoquent ni la répulsion, ni le désir. Elles lassent, elles passent. Elles sont désormais de l’ordre de la figure obligée – du stéréotype. Quand un effort est fait pour leur rendre un peu de leur densité perdue, les couleurs et les maquillages semblent trop vifs, les volumes trop accentués, les éclairages trop intenses, les poses trop simplement aguichantes ou impudiques : ainsi, dans Photogropher, la jeune femme au sein nu est-elle peinte avec tant de netteté qu’elle paraît fausse – d’autant plus fausse qu’elle voisine avec une photo en noir et blanc déformée par un mouvement centripète et avec une tête d’adolescente que l’on croirait extraite d’un dessin animé japonais. Et que dire du masque de Snowflake, cet autre lieu commune du libertinage ? Cette fatigue des images que l’on connaît par cœur, cette accoutumance de l’œil qui lui fait identifier le motif en un instant et le détourne de s’y arrêter davantage, Salle les rend perceptibles avec une acuité si destructrice qu’elle en devient presque douloureuse. Il peint le désenchantement des images.

(Texte publié avec l’aimable autorisation de la galerie Thaddaeus Ropac)

L’artiste
David Salle est né en 1952 à Norman, Oklahoma, États-Unis. Il vit et travaille à New York.