ART | EXPO

Das Goldene Scheiss

15 Mar - 19 Avr 2014
Vernissage le 15 Mar 2014

Passé de la figuration à l’abstraction, l’artiste va au cœur de la peinture en simplifiant au maximum ses effets. On est dans l’infra mince, aux limites de la peinture, celle qui n’est parfois même pas peinte, pour un résultat méditatif, sensuel, réduit à ses simples constituants. Avant tout, ce qui intéresse le créateur, c’est l’acte de peindre.

David Ostrowski
Das Goldene Scheiss

Pour son exposition parisienne, David Ostrowski a choisi de réutiliser le titre qu’il avait donné à sa toute première exposition personnelle, il y a presque 10 ans, à Cologne, sa ville natale, à la Raum für Kunst und Musik.

«Das Goldene Scheiss», joue poétiquement sur une erreur de pronom en allemand et signifie «le merde doré». Il s’agit également du titre d’une petite peinture figurative de 2004 qui représentait un garçon avec un rouleau à pâtisserie, dessiné à côté d’un van blanc sur un fond abstrait. Cette peinture n’existe plus aujourd’hui. Elle a brûlé il y a quelques années dans l’atelier de l’artiste avec toute sa production de l’époque dans un incendie ravageur.

La double reprise de ce titre évoque une renaissance mais aussi une référence à l’histoire de David Ostrowski, indiquant par là une cohérence à son évolution. Depuis, l’artiste a abandonné la figuration, comme s’il en avait testé ses limites pour aborder celles de l’abstraction. Néanmoins le statut de ce médium ne le préoccupe pas plus que cela puisque ce qui l’intéresse avant tout c’est l’acte de peindre. Il y a sans cesse des allers retours et des indications qui se miroitent et se chevauchent dans son travail, comme pour mieux se jouer et déjouer la question de la peinture en général et la sienne en particulier, auquel le titre contradictoire de l’exposition (la merde et l’or) fait écho.

Ainsi, de nombreuses œuvres portent le même titre et s’intègrent dans un grand ensemble qu’il appelle les F Paintings. On n’en saura pas plus sur ce titre générique dont le choix semble avoir été simplement guidé par une affinité graphique à la lettre F, sa préférée dans l’alphabet.
F c’est aussi la lettre de Frame, (cadre), que David Ostrowski réalise lui-même pour la majorité de ses pièces. Construire le support de l’œuvre, assembler le châssis, tendre la toile de jute et l’apprêter avec du gesso sont autant de gestes qui participent à l’élaboration de sa peinture, à sa réalisation. Le cadre fait intrinsèquement partie du tableau.

Ce n’est pas le cas pour les œuvres de la série des Outline Paintings qui porte le sous-titre de F (A thing is a thing in a whole which it’s not), (une chose est une chose dans un tout qui ne l’est pas). Elles ne sont pas encadrées car elles sont plus épaisses, leur bord est plus large et se suffit à lui-même, apportant une dimension sculpturale à la toile. Elles reproduisent toutes un dessin similaire, un rectangle de couleur sprayé avec une bombe, suivant les bords et les 4 coins de la toile.

Les couleurs sont basiques: rouge, bleu, vert, noir ou jaune et composent souvent 5 fois le même motif qui se superpose ou un seul. Le trait est imprécis, il fonctionne comme la délimitation d’un espace, le centre de la peinture. Il reste pour la plus part du temps blanc mais parfois se remplit d’un gros aplat malhabile noir. La couleur en allemand c’est F comme «Farbe». «Je n’aime pas trop ces couleurs» dira-t-il, «je les utilise pour m’habituer à elle, je les teste».

La série F (Between two Ferns), (Entre deux fougères) est sans doute l’une des plus emblématiques de l’artiste. Elle répète en boucle un motif sprayé à la bombe bleue sur un fond blanc. Le titre qui reste énigmatique pour le spectateur est un élément important pour David Ostrowski et qui fait partie de l’œuvre tout autant que le cadre.

F comme «Failure» (échec). David Ostrowski ne réussit pas toujours ses peintures. C’est à chaque fois un challenge nouveau et il ne se donne qu’une chance pour les réussir. Quand l’artiste est prêt, il passe à l’action. C’est imprévisible et parfois un simple enduit suffira, une simple goutte de laque, un bout de scotch arraché sur un fond blanc, une toile de jute tachée avec de l’eau, un bout de papier collé sur la toile. On est dans l’infra mince, aux limites de la peinture, celle qui n’est parfois même pas peinte. Elle est méditative, sensuelle, réduite à ses simples constituants, les atomes parfois invisible de l’information d’un tout qu’elle voudrait véhiculer. David Ostrowski va au cœur de la peinture en simplifiant au maximum ses effets.

Nicolas Trembley