DESIGN | SALON

DDAY, le design aujourd’hui

29 Juin - 17 Oct 2005
Vernissage le 27 Juin 2005

Pour rendre compte des mutations du design contemporain à travers les différents aspects et les nouvelles formes de valeurs qu’il véhicule, d'un point de vue technique, économique, politique, éthique, anthropologique et esthétique. L’objet comme révélateur du développement personnel et social de l’individu contemporain, en ses états successifs d’oscillation entre le local et le global, le tangible et l’immatériel, la réalité et la fiction, l’archaïque et l’hypermoderne.

Andréa Bergala, Roger Bernard, Andrea Cera, Matali Crasset, Rafi Elbaz, Jean-Louis Fréchin, Nicholas Gilliland, Barbara Kerr, Arik Levy, Marcia Lausen, Zuzana Licko, Olivier Peyricot, Gaston Tolila, Rudy VanderLans 
D.DAY, le design aujourd’hui

L’exposition souhaite rendre compte des profondes mutations à l’œuvre dans le design contemporain et de ses problématiques les plus avancées.

Dans une scénographie originale de 1 200 m2, l’exposition interroge les différents aspects et les nouvelles formes de valeurs que véhicule le design : les questions techniques, économiques, politiques, éthiques, anthropologiques, esthétiques.

L’étendue des champs d’investigation récemment ouverts donne matière à enquête et découverte. Les quatre thèmes choisis correspondent aux quatre étapes du parcours du visiteur : engagements politiques, scénarios critiques, expériences des sens et des saveurs, imaginaires technologiques. En contrepoint, de nombreuses créations, spécialement conçues par les designers pour cette manifestation, forment un puzzle d’écritures originales. Cette exposition polyphonique traverse des disciplines scientifiques différentes où se joignent sans se fondre anthropologie, sciences cognitives et théories du design. Elle révèle le développement personnel et social de l’individu contemporain, en ses états successifs d’oscillation entre le local et le global, le tangible et l’immatériel, la réalité et la fiction, l’archaïque et l’hypermoderne.

Sur les lieux En raison de la montée des périls environnementaux et du creusement des inégalités économiques et sociales de développement, les designers doivent affronter les grands enjeux de la planète sur les terrains les plus divers. L’eau (distillateur d’eau Watercone par Stephane Augustin), l’énergie solaire (cuiseurs solaires CooKits et SK14 ; radios Lifeline de la Fondation Freeplay) et la récupération des déjections humaines et animales (Superflex) sont à la base de démarches de design renouvelées que les membres des organisations non gouvernementales (ONG) et des structures associatives développent en étroite concertation avec les acteurs locaux.

Enjeux politiques Les designers sont appelés à mobiliser leurs compétences professionnelles pour répondre à des problèmes radicalement nouveaux posés par la mondialisation. Ils inventent des modèles inédits d’engagement pour s’articuler aux données sociales, économiques, politiques et culturelles locales. Le design se trouve ici au carrefour de nouveaux modes d’agir : concevoir une structure de soins médicaux (Dispensaire nomade par Gaston Tolila et Nicholas Gilliland), aménager un logement social (Kit of Parts, par Lifeform, New York), simplifier l’accès au vote (association Design for Democracy ; États-Unis), élaborer des ustensiles quotidiens utilisables par tous (principes du design universel), réduire la fracture numérique (Dr. Sugata Mitra, The Hole in the Wall, Inde;), engager la responsabilité sociale d’une entreprise (France ; Lafuma). Tels sont les grands enjeux, encore résolus à une échelle modeste, auxquels le design est confronté.

Développement durable
«Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la possibilité, pour les générations à venir, de pouvoir répondre à leur propres besoins».
C’est en ces termes qu’en 1987 le rapport de la Commission des Nations-Unies sur l’Environnement et le Développement évalue les problèmes posés par la grande pauvreté qui prévaut dans le Sud et par les modes de consommation et de production non durables pratiqués dans le Nord.
Depuis son origine, le développement durable cherche à articuler les responsabilités dans les domaines environnementaux, sociaux et économiques. Les cas d’étude présentés éclairent les notions d’écoconception (siège conçu par Lafuma) ou de conception respectant les critères de Haute Qualité Environnementale (maquette de pylône de télécommunications par Map3) de deux entreprises françaises. Quant à Ezio Manzini et François Jégou, ils inventent dix-huit scénarios possibles de coopération sociale locale que le public de l’exposition est invité à commenter sur internet.

Scénarios critiques
Deux créations critiques jouent aux frontières du design en interrogeant les limites de la survie. Olivier Peyricot interroge les capacités de résistances de l’individu en milieu extrême (Ground 01) tandis que Anthony Dunne & Fiona Raby s’emparent avec Evidence Dolls de l’espèce humaine toute entière dans son devenir. Ces derniers commentent leurs propositions radicales en ces termes : «À l’heure où les biotechnologies sortent des laboratoires pour se répandre sur le marché, il importe plus que jamais de trouver une forme de design — que l’on pourrait appeler «design critique» – qui s’interroge sur les implications culturelles, sociales et éthiques des technologies émergentes».

Sens
Tant sonores, qu’optiques, chromatiques, olfactives, tactiles et gustatives, de multiples sollicitations sensorielles cherchent à mettre en relation, pendant le temps de l’exposition, une série d’instants sensibles inscrits dans la mémoire. Le design sensoriel contemporain redéploie des perceptions cognitives au fil de processus très divers : mutations alimentaires (Ferran Adrià/Luki Huber), impressions olfactives (Gwenaël Nicolas), variations lumineuses et chromatiques, flous visuels (Arik Levy, Carlotta de Bevilacqua) ou encore signaux sonores (film d’Andréa Bergala). Le champ des expériences concrètes et sensibles renvoie à des expériences oniriques, ce qui invente des représentations inédites de soi.

Imaginaires technologiques
Les objets symboles du progrès technique sont passés au crible d’un regard critique, oblique. Les plus obsolètes d’entre eux, toujours en fonctionnement, invitent à redécouvrir l’environnement électronique des années 1970-1980 dans un jeu ironique (Bootleg Objects par Markus Bader et Max Wolf ; Hard-wired Devices par Roger Ibars). Les objets les plus récents tels que les iPods (baladeurs Mp3 d’Apple) et un téléphone portable en forme de Ferrari (Motorola/Pininfarina) sont laissés muets, décontextualisés.
L’exposition hors d’atteinte de ces objets de désir met en relief leur surinvestissement affectif actuel.

Mutations graphiques
À l’instar du design industriel, le graphisme est traversé par les mutations esthétiques et techniques contemporaines.
La revue américaine de graphisme Emigre est un lieu de débat continu et polémique sur la création de polices de caractères et plus largement de design graphique. Son regard libre et aiguisé sur la création contemporaine depuis 1984 jusqu’à aujourd’hui est un modèle du genre.
À l’exemple de l’installation Motoglyph par Motorola/Digit, le graphisme explore avec jubilation les voies les plus diverses ouvertes par la diffusion des nouvelles technologies numériques.
Quant à l’éditeur de «musique visuelle» Dalbin, il propose actuellement une nouvelle forme de co-création d’images/sons. L’univers de la technologie numérique, permettant une interactivité créatrice entre l’image et le son, se met au service des échappées et des inspirations intuitives de l’imaginaire.

Imaginaires portables
Quoi de plus ordinaire qu’un téléphone portable ? Pourtant cette prothèse contemporaine a métamorphosé les relations sociales ainsi que les usages et la perception des espaces. L’objet se trouve dépassé par ses pratiques réelles et symboliques qui sont ici restituées grâce à deux films tournés en Inde et au Sénégal par l’anthropologue et urbaniste Franco La Cecla et le réalisateur Stefano Savona. La culture japonaise du « keitaï » (littéralement téléphone portable) est interprétée par les musiciens rockers et graphistes reconnus, le collectif Delaware.

Commissaire
Valérie Guillaume