DANSE

Body and Soul

25 Oct - 23 Nov 2019

Le titre Body and Soul que la chorégraphe canadienne Crystal Pite a donné à son nouveau spectacle au Palais Garnier reflète l'importance de la notion de conflit qui le traverse, entre le physique et l'esprit, le geste et le langage, l'individu et le collectif.

Si son nom commence à peine à s’imposer en France, il ne faut pas s’y tromper : la Canadienne Crystal Pite a près de trente ans de création chorégraphique derrière elle, et plus encore de pratique de la danse. Née à Victoria, elle intègre à l’âge de 17 ans le ballet de Colombie-Britannique, avant de rejoindre en 1996 le ballet Francfort, alors dirigé par le grand chorégraphe américain William Forsythe. En 2001, elle fonde sa propre compagnie, Kidd Pivot, avec l’ambition de promouvoir une danse contemporaine totale, à la croisée du théâtre, des arts plastiques et de la musique. Il y a trois ans, à l’invitation de l’Opéra de Paris, elle produisait Season’s Canon, au rythme de la réécriture du compositeur Max Richter des Quatre saisons de Vivaldi. Son travail avait alors été unanimement applaudi. Crystal Pite revient désormais au Palais Garnier avec un nouveau spectacle : Body and Soul.

Body and soul, un spectacle entre conflit et connexion, individualité et collectivité

Conflit et connexion sont les maîtres-mots du processus créatif de Crystal Pite pour Body and Soul. Le conflit, tout d’abord, réside à la fois dans les tourments intérieurs d’une personne, dans la confrontation duelle d’un individu face à un autre, mais aussi dans les tensions qui se jouent entre le particulier et le collectif. La chorégraphe structure ainsi son spectacle en une série de « duos », mot entendu au sens large d’opposition entre deux entités ; alternent donc sur scène la danse de deux interprètes et celle d’un électron libre et du groupe d’une quarantaine de danseurs. Ce dernier combat, Crystal Pite en illustrait déjà la dynamique lors de Season’s Canon : de la masse de danseurs aux mouvements uniformes, synchroniques, mimétiques, tentait péniblement de s’extirper un corps, que la vague humaine étouffait et ravalait en son sein. Si une lutte perpétuelle se joue sur scène, l’objectif de la chorégraphe est avant tout de créer une connexion entre les danseurs et les spectateurs, notamment à travers l’usage de compositions musicales connues de tous, comme celles de Frédéric Chopin.

Body and Soul : une réflexion sur le geste et le langage

L’œuvre de Crystal Pite apparaît également comme une réflexion sur les rapports entre «body » and « soul », entre geste et langage. En effet, tout au long du spectacle, est répété un même texte pré-enregistré qui décrit le conflit entre deux entités, abstraitement nommées « Figure 1 » et « Figure 2 ». Narré par l’actrice française Marina Hands, celui-ci sert en quelque sorte de directions scéniques aux danseurs. Cependant, selon que la voix off accompagne le duo d’un homme et d’une femme, ou bien celui d’une individualité et d’un groupe, selon les gestes et les mouvements interprétés, la signification du texte change du tout au tout, sans qu’un mot ou une intonation n’en soit la cause. Il s’agit donc de mesurer à quel point le corps, sa tenue et sa gestuelle, influence le discours perçu et tient en cela un rôle majeur dans la transmission de sens.

Retrouvez le spectacle au Palais Garnier jusqu’au 23 novembre.