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Crystal Palace

PPierre-Évariste Douaire
@12 Jan 2008

Des colliers en perles géantes suspendus aux arbres, un lit à baldaquin, des tentures brodées à l’or fin munies d’œilletons pour voir ce qui se passe derrière le rideau, des lustres en verre tamisant l’espace, sont les sculptures que l’on trouve dans « Crystal Palace ». Temple de verre, mais pas de la transparence, le cube diaphane devient un boudoir confortable et offre toutes les concupiscences possibles.

Le Palais de Cristal est le premier bâtiment préfabriqué du monde, construit à l’occasion de la première Exposition universelle à Londres (1851). Cette grande halle tenait plus de la serre que du château, elle a projeté l’architecture dans le monde des ingénieurs. Le bâtiment de Jean Nouvel ne peut pas oublier ce prestigieux précédent construit par Paxton.

L’exposition « Crystal Palace » Jean-Michel Othoniel fonctionne sur le souvenir et dresse un pont avec une pensée héritée du siècle qui a enfanté l’industrie comme modèle politique, sociétal et même artistique. Le titre joue ici le rôle d’un renvoi à un passé qui reste d’actualité. « Crystal Palace » résonne comme un écho dans cette architecture de verre et de métal. L’allusion dans ce lieu est un hommage qui se propage dans un tintement cristallin.

Mais bizarrement, si l’exposition de Jean-Michel Othoniel est adoubée par une construction de verre, le déplacement à l’intérieur de l’espace se passe comme à travers une maison close d’antan, aux mille cloisons coulissantes et feutrés. La deuxième surprise vient également de la sensation que l’on éprouve face aux œuvres présentées. Les sculptures appartiennent au règne minéral, au monde de l’orfèverie, de la joaillerie, du fer et du feu.

Des colliers géants en verrerie sont disposés au fil du parcours, les lustres suspendus sont fabriqués sur le même mode, les présentations de bocaux à confitures transparents, remplis d’étoiles de mer et remplis d’eau, donnent une atmosphère alpine et marine à la fois. Mais là encore la surprise est au rendez-vous, car le parcours ressemble plus à une déambulation dans un boudoir ou un fumoir. Passer d’une pièce à l’autre revient à franchir des portes capitonnées. L’espace ouvert a été transformé, le regard a été éduqué et canalisé, sans pour autant être emprisonné.

On passe d’un collier de verre à un lit en baldaquin pour ensuite s’arrêter sur les aquarelles préparatoires au chantier, pour ensuite finir sur une table inondée de bocaux lumineux pareils à des malles au trésor du dieu Neptune. Il faut pourtant imaginer l’ambiance d’un boudoir, ressentir la douceur d’un velours plutôt que de vouloir goûter l’odeur du large et des embruns. L’étoffe, le tulle, le coton sont présents dans ce parcours, ils entourent le tout comme le fait les rubans que l’on trouve ici et là.

L’ambiance d’alcove, le charme passé des maisons rouges est évoqué par un rideau qui fait office de cloison, ou le lit que l’on retrouve plus loin. Les lustres sont comme les lanternes rouges qui signalaient les bordels d’autrefois. Ici toutes les concupiscences sont possibles, tous les plaisirs tarifés aussi. La luxure est parée de tous ses symboles : lit à baldaquin, lumière tamisée, bijoux. La passion de la chair n’est pas évoquée mais symbolisée et codifiée. Le rideau-paravent qui tombe dans l’espace, Pluie d’or (2002), est brodé à l’or de Rochefort, et rappelle la métamorphose qu’emprunta Jupiter pour enfanter Danaée. Cette pluie aux mille ducas devait par la suite donner naissance à Persée. Ce drap tendu, percé de trous brodés, cache autant qu’il laisse libre court à tout voyeurisme. Les bijoux, les colliers, les galets de verre sont les accessoires du péché, de la faute.

Comme au XIXe siècle, le rapprochement entre l’artisanat et les beaux-arts est déterminant. Les sculptures sont autant des objets usuels et courants que des œuvres d’art. Cette façon de procéder rejoint les aspirations artistiques et politiques des écoles de Glasgow, de Nancy.
Le Modern Style avec ses papiers peints et son mobilier voulait changer la vie et rapprocher les genres entre-eux. L’Art Nouveau en France, tant décrier sous l’appellation coup de fouet, est désormais jalousement conservé. Les bouches de métro de Guimard font partie du patrimoine et de l’image de Paris, et c’est tout naturellement qu’Othoniel, héritier à sa manière de cette tradition, a transformé la station de métro du Palais-Royal en une serre en fer forgé incrusté de mille verreries.

Jean-Michel Othoniel
Le Cortège endormi, 2003. 16 bannières de métal et de verre soufflé. Dimensions variables.
Mon lit, 2003. Fonte d’aluminium, verre soufflé de Murano, mousse de feutre, œillets de soie et passementerie. 2,90 x 1,90 x 2,40 m.
L’Unicorne, 2003. Métal et verre soufflé. 194 x 70 x 50 cm.
Pluie d’or, 2002. Voile de tulle de coton, broderie à l’or de Rochefort, rubans de soie. 5 x 11 m.
Lanternes, 2002. Pièces en métal et verre soufflé de Murano. 80 x 50 x 50 cm env.
Necklace of Paradise, 2002. Aluminium et verre soufflé. 5,50 x 0,80 m.
Lágrimas, 2002. 100 bocaux de verre remplis d’eau, 1000 flotteurs en verre soufflé, 1000 éléments en verre à la bougie. 1,40 x 6 x 0,70 m.
Aquarelles, 1999-2002. 33 aquarelles sur papier. 30 x 40 cm env.
La Fontaine du plaisir et des larmes, 2001. Verre soufflé et opaline synthétique. 2,15 x 1,20 x 1,20 m.
Le Collier rouge, 1999. Verre soufflé de Murano.
Le Collier-porte, 1999. Verre soufflé avec inclusion de feuilles d’or. 6 x 0,90 m.
Le Collier infini, 1998. Verre soufflé de Murano. 450 x 90 x 60 cm.
Le Cœur renversé, 1998. Verre soufflé de Murano.
Paysage amoureux, 1997. Perles et verre soufflé de Murano rouge de Venise, ambre, alessandrite et cristalo. 400 x 350 cm env.

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