ART | EXPO

Cronotopo

28 Juin - 30 Août 2015
Vernissage le 27 Juin 2015

A travers ses œuvres, Mariana Castillo Deball cherche à remettre en question certains concepts comme celui d’«authenticité» ou d’«origine». Dans sa pratique, elle aborde de façon conceptuelle différents domaines comme l’archéologie, l’histoire ou l’ethnographie au sein d’installations ludiques qui combinent sculpture, photographie, vidéo et dessin.

Mariana Castillo Deball
Cronotopo

Dans sa pratique, Mariana Castillo Deball aborde de façon conceptuelle différents domaines tels l’archéologie, l’histoire ou l’ethnographie au sein d’installations combinant sculpture, photographie, vidéo et dessin. Elle analyse la formation des vocabulaires formels et critique en jeu dans la production des objets à travers l’histoire, dévoilant les récits politiques et sociaux qui sous-tendent cette production. Ses recherches mettent à jour les luttes de pouvoir et les négociations inhérentes aux processus de production quels qu’ils soient, et notamment ceux à l’œuvre dans les situations actuelles dites «post-coloniales».

Mariana Castillo Deball met le temps long de la recherche et du travail de terrain au cœur de sa pratique, s’appropriant les méthodes issues de l’archéologie et de l’ethnographie de manière ludique, déchiffrant les approximations, erreurs et contradictions inhérentes au fait d’étudier une culture comme un matériau fixe, défini. Elle collabore souvent avec d’autres producteurs, qu’il s’agisse d’auteurs, d’artisans, d’autres artistes ou d’acteurs institutionnels, dans un processus ouvert visant à rendre visible les implications politiques, parfois ambivalentes, de leurs activités et de leur engagement.

Pour «Cronotopo», Mariana Castillo Deball présente une sélection de travaux récents ainsi que de nouvelles productions qui révèlent le caractère évolutif de son processus de travail. Au Mrac seront ainsi présentés deux travaux majeurs spécifiquement adaptés ou produits pour les espaces d’expositions temporaires du musée. Nuremberg Map of Tenochtitlan (2013) est une œuvre monumentale couvrant l’intégralité du sol de l’une des deux salles d’exposition. Fait de simples planches de bois gravées, assemblées de façon à former un dessin gigantesque, ce sol reproduit la première carte de Tenochtitlán envoyée aux Européens, et demeure l’une des rares cartes, ainsi que l’une des plus connues, qui nous soit parvenue de cet empire Aztèque pré-colonial.

En 1521, le conquistador Hernán Cortés envoie au roi d’Espagne une carte et une lettre pour lui décrire la capitale Aztèque qu’il a découverte et est en passe de conquérir. Cette carte, dessinée par un indien tlacuilo, est une illustration détaillée de la ville, reflétant la vision idéalisée de Cortés: un joyau s’élevant au centre d’un lac d’azur, une civilisation riche, accueillante et ordonnée dont le seul défaut serait son goût pour les rituels sacrificiels qu’il s’agira bientôt de remplacer par une foi chrétienne vue comme plus «évoluée». Cette description de Tenochtitlán a permis de justifier la poursuite de la coûteuse conquête expansionniste aux Amériques, non seulement auprès du roi d’Espagne Charles V mais également dans l’Europe entière. En effet, la reproduction de cette carte à Nuremberg en 1524, ainsi que la transcription en latin de la lettre l’accompagnant, enflamme l’imagination des Européens et provoque leur soutien à cette entreprise de colonisation.

Le motif gravé du sol de Nuremberg Map of Tenochtitlan (2013) est aussi pensé comme une matrice, à partir de laquelle des impressions de chacune des plaques ont été réalisées sur papier, donnant au bois du sol sa teinte sombre par le biais du processus d’impression. L’œuvre Atlas (2014), issue de ce processus, est un livre de très grande dimension dont les pages nous livrent sous l’angle du fragment la carte et les narrations qu’elles contiennent montrant deux grands masques de bois coloré, vus de dos, à l’aspect anthropomorphique dérangeant. Ces photos sont inspirées d’une publicité mexicaine des années 1980 pour un antidépresseur que l’artiste a recomposé en utilisant des masques du Musée ethnographique de Berlin. L’artiste effectue ici un commentaire malicieux bien que tragique sur la mélancolie inhérente à nos temps post-coloniaux.

Who will measure the space, who will tell me the time?
(2015) [Qui mesurera l’espace, qui me dira le temps?] est la seconde occurrence d’une œuvre dont la production a commencé en janvier dernier à l’occasion d’une exposition monographique au Musée de Oaxaca, Mexique. Mariana Castillo Deball a travaillé en collaboration avec un atelier de céramiques traditionnelles, le Taller Coatlicue (Famille Martinez Alarzón, Atzompa) et l’ONG Innovando la tradición A.C, pour réaliser une série de céramiques prenant pour point de départ des figures archéologiques présentes au musée pré-hispanique Rufino Tamayo à Oaxaca, combinées à des éléments figuratifs plus contemporains comme des engrenages, des noix ou des jouets.
Ces éléments sont superposés afin de former des colonnes, chacune fonctionnant comme un récit sculptural autonome proposé par les artisans eux-mêmes et chargé de répondre à ces deux questions: «Comment peut-on raconter l’histoire de l’univers en 100 ans?», «Comment peut-on raconter l’histoire de l’univers en une journée?». Les colonnes jouent avec le décalage anachronique entre les formes utilisées, soulignant la tension cruciale entre créativité et respect de la tradition inhérente à la pratique de l’artisanat.

Mariana Castillo Deball conçoit l’art contemporain comme un moyen de générer des discussions liées à la représentation et à l’actualisation du projet de la modernité, à une époque où la globalisation semble avoir touché à peu près tous les recoins du globe et où les identités locales et vernaculaires semblent s’effacer irrémédiablement devant la figure omniprésente du consommateur global occidentalisé. Cherchant à remettre en question certains concepts comme celui d’«authenticité» ou d’«origine», elle affirme ce faisant l’ingénieuse capacité humaine à hybrider et «cannibaliser» d’autres cultures dans le but de survivre, comme une caractéristique universelle et libératrice de l’espèce humaine.

Commissariat
Dorothée Dupuis et Olivier Martínez-Kandt

Vernissage
Samedi 27 juin 2015 à 18h30

critique

Cronotopo

AUTRES EVENEMENTS ART