ART | EXPO

La partie continue 2

03 Déc - 16 Jan 2005
Vernissage le 02 Déc 2004

La partie continue au Crédac pour un deuxième volet. Originalité, authenticité, continuité sont-ils encore des enjeux de l’art ? C’est la question sur laquelle les artistes de cette exposition se sont penchés en montrant comment les formes historiques sont sans cesse recyclées et réinventées.

Martin Boyce, Delphine Coindet, Sylvie Fanchon, Ivan Fayard, Véronique Joumard, Mathieu Mercier, Daniel Perrier, Anselm Reyle, Didier Rittener, John Tremblay, Jens Wolf
La partie continue 2

En novembre 2003, j’inaugurais mon projet artistique pour le Crédac avec une exposition collective intitulée « La partie continue 1 » (Karina Bisch, Stéphane Calais, Nicolas Chardon, Philippe Decrauzat, Barbara Gallucci, Jacques Julien, Didier Marcel, Mathieu Mercier, François Morellet, Olivier Mosset, Christian Robert-Tissot).
Le titre de ce projet porte plusieurs significations: la partie continue au Crédac, la partie continue pour l’histoire de l’art, la partie continue…vraiment.
Originalité, authenticité, continuité, sont-ils encore des enjeux de l’art ?
Bon nombre d’artistes aujourd’hui, informés, cultivés et conscients, envisagent les formes historiques comme une vaste banque de données disponibles qu’ils réactivent. De même ils citent, ils reprennent, ils rejouent, ils se réfèrent, ils varient, ils recyclent, ils combinent des filiations et parviennent à modifier la création artistique de façon significative. L’art se nourrit aussi de l’art.

Cette exposition est envisagée comme un dispositif : c’est à dire fait d’éléments hétérogènes fonctionnant comme autant de points de vue et de particularités distinctes, pour tenter d’établir une connexion entre les œuvres individuelles, dans le contexte englobant de l’ensemble. Tableaux, peintures murales, dessins, sculptures, objets mobiles en sont les éléments.

Œuvres exposées avec la complicité de la galerie Art:Concept (Paris), de la galerie Chez Valentin (Paris), la galerie Alimentation Générale (Luxembourg), le FRAC Poitou-Charentes (Angoulême), la galerie Giti Nourbakhsch (Berlin), Attitude (Genève).

Les artistes
Martin Boyce (artiste écossais né en 1967)
A partir d’objets et d’architectures issus du mouvement moderniste, Martin Boyce développe un travail de décontextualisation des formes pour mieux interroger leurs principes originels. Les formes créées par Charles et Ray Eames, Charlotte Perriand ou Mies van der Rohe deviennent les patrons, les squelettes d’œuvres qui révèlent les traces d’une pensée utopique, croyant en un avenir meilleur face à un présent chaotique et menaçant. Ainsi ces chaises de jardin bleu ou jaune, choisies pour l’exposition, inspirées des créations de Charlotte Perriand qui ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, sans assises, sans objet.

Delphine Coindet (artiste française née en 1969)
Utilisant la conception par ordinateur et des logiciels de modélisation, Delphine Coindet crée des œuvres, des sculptures d’une stylisation minimale. Suite au dessin de l’archétype, de la forme standardisée, Delphine Coindet passe à la trois dimension et donne corps à des volumes hybrides – signes d’une distanciation avec le réel, indications pour donner à voir et à imaginer. Delphine Coindet présentera un mobile de petite dimension.

Sylvie Fanchon (artiste française née en 1953)
Les peintures de Sylvie Fanchon utilisent un langage propre de formes et de signes issus de notre quotidien moderne. Ce vocabulaire simplifié de codes, de cartographies, de plans, de maquettes se décline dans des teintes sourdes, nées d’un mélange de couleurs primaires tout comme les fonds monochromes sur lesquels ils jaillissent. Fonds et formes se côtoient, renvoient l’un sur l’autre entre abstraction et figuration et l’espace de la toile se transforme en une trajectoire modélisée du réel. Une dizaine de tableaux récents, de petite dimension sera exposée pour la première fois.

Ivan Fayard (artiste français né en 1969)
En détournant une imagerie collective comme les dessins animés ou l’histoire récente de l’abstraction, Ivan Fayard nous propulse dans un temps du regard où une véritable interrogation sur le cliché et la représentation picturale contemporaine prend forme. Attentif au lieu, à l’architecture du crédac – cube blanc contrarié, Ivan Fayard propose une réflexion sur le jeu de l’illusion picturale, d’une image qui poursuit un itinéraire improbable, à travers les niveaux et les cimaises du centre d’art pour jouer encore de notre résistance rétinienne et de notre capacité d’orientation.
Ivan Fayard présentera deux peintures murales.

Véronique Joumard (artiste française née en 1964)
Avec l’envie d’apprivoiser la lumière, d’expérimenter sa véracité, sa nature ambivalente, Véronique Joumard invite le spectateur à participer. Ses œuvres, formes sensibles de l’énergie environnante, usent souvent d’un répertoire de formes géométriques dont l’usage n’est pas sans rappeler l’art minimal et conceptuel. L’économie formelle mise en jeu, l’extrême simplification de la production et de l’accrochage relancent avec acuité la convocation des sens du visiteur. Ses dispositifs n’attendent qu’un stimulus pour être mis en jeu… Véronique Joumard présentera une peinture murale thermosensible et un Tableau-lumière de 1989.

> Mathieu Mercier (artiste français né en 1970)
Dans «La partie continue 1», c’est l’œuvre Drum and Bass 2 de Mathieu Mercier qui était visible, soulignant les liens insidieux entre le modernisme et l’esprit consumériste contemporain. Sans titre se compose de trois blocs noir identiques de granit qui, parfaitement ajustés, renforcent et soulignent un coin d’architecture, interrogent parfaitement les formes vernaculaires d’un habitat idéal, d’un héritage de l’histoire de l’art moderne.

> Daniel Perrier (artiste français né en 1960)
Pour l’exposition, Daniel Perrier réalise un projet placé dans un panneau lumineux. Situé dans l’espace public face à l’entrée du centre d’art, ce panneau interpelle le regard des passants qui croisent ainsi une œuvre à l’extérieur du lieu habituel d’exposition. Jouant sur les deux faces du caisson lumineux, le projet de Daniel Perrier s’inspire des réalisations de Bruce Nauman.

Anselm Reyle (artiste allemand né en 1970)
Les peintures et les sculptures d’Anselm Reyle nous propulse dans un univers hallucinatoire. Objets détournés recouverts de peinture phosphorescente ou tableaux aux tonalités criardes, quasi-fluorescentes, réalisés parfois avec du papier d’aluminium, ses œuvres sont d’une violente intensité. L’œuvre Reuse, choisie pour l’exposition, est une sorte de ready-made réinvesti. Une sorte de filet de pêche de plus de 2 mètres de longueur est accroché en hauteur. Sa forme circulaire, comme un tube, un entonnoir, est ponctuée de néons bleu comme pour mieux marquer sa lente et progressive chute.

Didier Rittener (artiste suisse né en 1969)
Récoltant textes et images de son univers quotidien, Didier Rittener les décalque. Reproductibles à l’infini, ils sont par la suite soit directement projetés puis dessinés sur le mur, soit reproduits sur d’autres supports, photocopiés, agrandis, mixés. Une nouvelle combinaison de motifs visuels naît alors de ces rencontres incongrues. L’usage du graphite noir sur mur blanc.
Didier Rittener présentera un ensemble de sculptures et un dessin mural.

John Tremblay (artiste américain né en 1966)
Les deux œuvres exposées de John Tremblay procurent tout d’abord un trait fort effet visuel sur le visiteur. Jeux d’optique, mouvement répétitif proche du mouvement de l’Op-art, ses peintures de très grande dimension perturbent l’espace environnant et nos repères spatio-temporels.

Jens Wolf (artiste allemand né en 1967)
Les peintures abstraites de Jens Wolf peuvent s’apparenter à l’avant-garde américaine de la fin des années 50. A partir d’un support en contreplaqué, il peint des surfaces monochromes où apparaissent quelques formes géométriques comme la bande, la ligne ou le cercle. Le support de bois non traité laisse parfois ressurgir ses propres caractéristiques naturelles – sa teinte, son aspérité, ses nœuds – ou accidentelles – bord abîmé, coin cassé.

Commissaire
Claire le Restif

Article sur l’exposition
Nous vous incitons à lire l’article rédigé par Muriel Denet sur cette exposition en cliquant sur le lien ci-dessous.

critique

La Partie continue (2)