ART | CRITIQUE

Courbet Your Enthousiasm

PFrédéric-Charles Baitinger
@01 Juil 2008

Quand le travail de l’artiste se déplace du côté de la régie, du transport et de la publicité — comme c’est le cas dans l’exposition «Courbet Your Enthousiasm» —, il est difficile de prétendre réintégrer une telle démarche dans le champ de l’art. Ou bien, il faut reconnaître que le champ de l’art est devenu le nouvel avatar du cynisme et du galimatias contemporains.

Qu’est-ce qui relie une photo dédicacée d’Ayrton Senna, une nature morte représentant un plateau d’huîtres, des monochromes couverts de taches de vin et de gras, et des tableaux pointillistes aux allures de dessins d’enfants ? Rien, si ce n’est la posture volontairement décalée de l’exposition présentée à la Galerie Chantal Crousel.

A l’instar des aphorismes de Michael Krebber — tous dépourvus de sens — qui accompagnent cette exposition, il est difficile de savoir si «Courbet Your Enthousiasm» (expression qui ne veut elle-même rien dire) n’est pas la réalisation d’un nouveau concept: la non-exposition (présentant des non-oeuvres produites par des non-artistes).

Face à un tel concept, qui engage en réalité le destin même de l’art contemporain, «la difficulté tient à l’humour, là où il n’y a rien de drôle à faire des blagues» (Michael Krebber). Car qu’est-ce, en effet, que prétendre réaliser des monochromes à partir de nappes récupérées lors de dîners d’art contemporain ? Est-ce un acte critique ? Est-ce une manière de dénoncer certains débordements du marché de l’art ?

Non: ce serait des tableaux post-fordistes ! Autrement dit, des tableaux qui expriment la situation actuelle, qui s’inscrivent en elle, mais qui ne la dénoncent pas. Voilà pourquoi nous ne pouvons trouver ni marrantes, ni cinglantes, de telles oeuvres.

Ce qui différencie l’humour du cynisme, c’est l’amour. Et si «Courbet Your Enthousiasm» est une non-exposition cynique (pas même ironique), c’est que toutes les oeuvres qu’elle présente sont dépourvues d’amour. Car l’artiste qui les a faites, Reena Spaulings — qui n’est pas une artiste, mais une fiction créée par une galerie —, à force de «prendre du champ et de réfléchir à la réflexion»  (Michael Krebber) a fini par oublier quelle était sa vocation et le sens même de son activité: créer des oeuvres qui donnent sens à la vie…

Reena Spaulings
Dans la rue : New Museum 1, 2008. Oil and acrylic on canvas. 76 x 60 cm
Dans la rue : New Museum 2, 2008. Oil and acrylic on canvas. 76 x 60 cm
Dans la rue : New Museum 3, 2008. Oil and acrylic on canvas. 76 x 60 cm
Drone Rack, 2008. Postcard rack, postcards with images of unmanned aerial drones.
Enigma 13, 2008. Tablecloth from the dinner celebrating Tomma Abts and Paul Chan openings at the New Museum, New York, 2008. Table cloth mounted on stretcher. 332 x 170 cm
Enigma 14, 2008. Tablecloth from the dinner after the opening of Who’s Afraid of Jasper Johns?, curated by Gavin Brown and Urs Fisher, Tony Shafrazi Gallery, Mr. Chow, New York, 2008. Table cloth mounted on stretcher. 193 x 193 cm
Nature morte vivante, 2008. Oil on canvas. 45 x 35 cm
Enigma (Flag), 2008. Aluminum flag pole, tablecloth from Christopher Wool’s opening reception at Luhring Augustine gallery, New York, 2008. Metal pole, tablecloth.
Flowers 2, 2008. Oil and acrylic on canvas. 76 x 60 cm
Flower 3, 2008. Oil and acrylic on canvas. 76 x 60 cm
Flower 4, 2008. Oil and acrylic on canvas. 76 x 60 cm
Enigma 10, 2008. Tablecloth from the dinner following the opening of Takeshi Murakami’s exhibition © MURAKAMI, Brooklyn Museum, New York, 2008. Table cloth mounted on stretcher. Diameter: 305 cm
Enigma 12, 2008. Five tablecloths from a dinner hosted by Artforum on the occasion of the Armory Show, Barolo, New York, 2008. Table cloths mounted on stretcher, 5 elements: 114 x 114 cm
Danica, 2008. Light box and two duratrans (scan of an autographed photo of the racecar driver Danica Patrick)