DANSE

Coup de grâce

26 Nov - 27 Nov 2019

Comment la danse contemporaine peut-elle parler des attentats terroristes ? La grâce artistique peut-elle émerger de la disgrâce meurtrière ? Le chorégraphe Michel Kelemenis s'interroge dans son spectacle Coup de grâce, qui traite de l'horreur du 13 novembre 2015.

« Quand certains dansent, d’autres tuent. » C’est le constat effroyable que le danseur et chorégraphe Michel Kelemenis est forcé de tirer lorsque la première de sa pièce La Barbe Bleue se trouve coïncider avec les attentats du 13 novembre 2015 ayant eu lieu à Paris. Quatre ans après, au Pavillon noir d’Aix-en-Provence, la ville-même où il apprenait dans les actualités la tragédie, Michel Kelemenis revient avec le spectacle Coup de grâce qui incarne le choc collectif vécu et qui sonde les limites entre horreur et grâce.

Danser l’enfer du Bataclan dans Coup de grâce

Coup de grâce retranscrit et transcende sur scène le drame du Bataclan. En hommage au groupe qui jouait ce soir-là, Eagles of Death Metal, ainsi qu’au goût des fêtards disparus, les danseurs pulsent au rythme de la musique d’inspiration rock, métal et électro du compositeur grec Angelos Liaros, ancien guitariste de death metal et créateur du projet Blakk Harbor. Les sept danseurs en question sont de la génération ciblée par les tueurs. Ensemble, ils interprètent une chorégraphie de Michel Kelemenis, qui orchestre un chaos en faisant se succéder la stupéfaction et l’effroi, la fuite et la panique, l’agonie et la mort.

Les mouvements des danseurs ont notamment été inspirés par une iconographie religieuse, qui dépeint les martyres, les bras en croix et les corps pendants. L’Enfer, le troisième panneau du triptyque Le jardin des délices du peintre Jérôme Bosch, compte également parmi les influences du spectacle, avec ses représentations de corps tordus, meurtris, apeurés, qui côtoient des instruments de musique géants. La mort et l’art, la souffrance et l’esthétisme : deux extrêmes dont l’ambiguïté reflète l’enjeu de Coup de grâce.

Coup de grâce : réflexion sur les relations entre l’art et la mort

Peut-on danser la mort ? Esthétiser l’horreur ? Rendre grâcieuce l’atrocité ? Notamment lorsque des meurtriers commettent le plus odieux des actes au nom d’un Dieu dont ils attendent qu’il leur apporte la grâce. Quand l’espoir de la beauté et du paradis se loge dans l’assassinat dans l’esprit de quelques fous, comment l’art peut-il s’approprier en retour la tragédie ? C’est en définitive tout le questionnement qui anime Coup de grâce de Michel Kelemenis, qui explore ainsi l’abîme entre deux conceptions de la grâce : celle que souhaite atteindre le danseur par son art, et celle, religieuse, que vise le terroriste par ses assassinats. Le spectacle oscille ainsi constamment entre obscurité et lumière, entre beauté et horreur, à travers des gestes et des images incompatibles.

Sur quel message une telle pièce peut-elle aboutir ? Déterminer la fin du spectacle revient à s’interroger sur l’attitude à adopter suite à pareille tragédie. De la même manière que la troupe de La Barbe bleue a dû trouver la force de continuer à avancer et demeurer debout au lendemain de la tuerie, le tableau final de Coup de grâce symbolise la capacité des hommes à surpasser la douleur pour se tenir droit devant l’adversité.